Dossiers de Mad Will 11 juillet 2021

WEEK-END RICHARD DONNER : LADYHAWKE

Alors que nous apprenons la mort de Richard Donner, il nous semblait indispensable de célébrer la filmographie de cet immense réalisateur qui fut l’un des cinéastes les plus respectés d’Hollywood et qui a signé des œuvres cultes dans de nombreux genres, comme Superman ou Les Goonies, sans oublier L'Arme fatale.

Nous vous proposons donc ce week-end deux critiques de ses films. Ce samedi nous reviendrons sur La malédiction qui avait fait de Donner un cinéaste qui compte dans le cinéma américain. Dimanche, ce sera un focus sur le magnifique film Ladyhawke, la femme de la nuit où il démontrait tout son talent de cinéaste pour graver sur la pellicule l’une des plus belles histoires de fantasy vue au cinéma. Merci encore à Donner pour avoir signé des divertissements parfaits qui ont enchanté pendant presque 40 ans les spectateurs du monde entier.

Que raconte Ladyhawke :

Ensorcelés par le cruel et jaloux évêque d'Aquila, les amants Étienne de Navarre et Isabeau d'Anjou se transforment alternativement en loup et en faucon. Avec le secours de Philippe Gaston, jeune voleur qu'ils prennent comme messager, et du vieux moine Imperius, ils se lancent dans une quête pour combattre le diabolique homme d'Église et retrouver leur forme originelle.

Quand le réalisateur de Superman s’attaque à une histoire traitant de malédiction, on s’attend à un bestiaire fantastique envahissant chaque recoin de l’écran, surtout à un moment ou I.L.M., le studio d'effets spéciaux de George Lucas fait des miracles sur les productions Amblin. Pourtant, dès l’origine du projet, le réalisateur demanda des réécritures sur le scénario d’Edward Khmara qui intégrait de nombreuses créatures de l’heroic fantasy dans l’histoire d’amour impossible entre Rutger Hauer et Michelle Pfeiffer. Le réalisateur Richard Donner est clair, il souhaite avant tout retrouver le souffle du film d’aventures en costumes de l'Hollywood d’antan. Pas d'effets spéciaux dernier cri, mais une mise en scène élégante et des effets de montage et d'optique digne du cinéma des premiers temps. Ainsi, il va utiliser le vieux principe du fondu enchaîné pour simuler la transmutation de ses personnages. De la même manière, le cinéaste va s'éloigner des studios et privilégier un tournage dans des décors naturels, nous faisant découvrir des sites italiens absolument merveilleux : que ce soit la forteresse en ruine du moine Imperius (le château de Rocca Calascio) ou encore Le château de Torrechiara qui sert de forteresse à l’évêque diabolique d’Aquila.

Pour créer le visuel de Ladyhawke, il va s’appuyer sur le talentueux chef opérateur Vittorio Storaro qui photographia des films tels qu’Apocalypse Now ou Le Dernier Empereur. Cet esthète de l’image considère avant tout sa lumière comme un vecteur émotionnel, les éclairages seraient ainsi « des formes d'énergie qui n'arrivent pas seulement aux yeux, mais à tout le corps du spectateur ». Sur Ladyhawke, il offre des images splendides qui se jouent du soleil et de la nuit pour symboliser l’amour impossible vécu par ce couple condamné à ne jamais se rencontrer, lui transformé en loup la nuit et elle en faucon le jour. À l’inverse de tant de réalisations de l’époque qui souffrent du passage à la très haute définition qui révèle souvent les trucages, le travail sur la lumière de Vittorio Storaro permet au film de passer les affres du temps tant celui-ci semble intemporel, à l’exception de sa musique. On pense ainsi à cette séquence avec le loup prisonnier dans la glace, ou à la scène avec les deux amants cachés du soleil dans un trou. Ces deux passages sont visuellement époustouflants et conservent une puissance émotionnelle extraordinaire. L'image étant plus efficace qu'un long discours, je vous laisser admirer le travail de Vittorio Storaro à travers deux extraits en vidéo ci-dessous :

 

Le film optant pour une approche plutôt réaliste en matière de représentation, il lui fallait à l’écran des acteurs capables d’emporter l’adhésion d’un public gavé de superproductions bourrées d’effets spéciaux. Le réalisateur fait encore les bons choix en engageant les charismatiques (et c’est peu de le dire) Rutger Hauer et Michelle Pfeiffer. Dotés tous deux d’un physique hors norme, ils semblent posséder le pouvoir de ces acteurs des temps bénis du cinéma classique hollywoodien comme Bogart et Bacall, dont la seule présence semblait capter toute l’attention de la caméra. Leur beauté irradie littéralement l’écran, il est clair que l’on ne pouvait trouver plus belle incarnation de l’idéal romantique. Notons que Matthew Broderick à leur côté est un excellent compagnon, dont l’humour et l’espièglerie le rendraient populaire au côté de Robin des bois dans la forêt de Sherwood.

Une approche classique du conte, un grand chef opérateur, une histoire d’amour presque mythique, un couple d’acteurs charismatique, un solide artisan à la réalisation, tous les astres semblaient réunis pour la réussite de Ladyhawke. Néanmoins, un élément peut ternir en partie le plaisir que l’on peut ressentir à regarder Ladyhawke : sa musique. Les compositions d’Andrew Powell arrangeur du groupe de rock progressif d’Alan Parsons Project, ne sont pas forcement aussi mauvaises que tout le monde l’écrit sur le Net et dans les journaux spécialisés. Je vous invite même à écouter l’O.S.T. sans les images pour s’apercevoir que nous avons à faire à des compositions plutôt élaborées et bien supérieures à d’autres soundtracks synthétiques des années 80, grâce à un recours à un orchestre classique pour accompagner les claviers. Malheureusement, cette musique avec ses envolées de synthétiseurs semble parfois en complet décalage avec la direction artistique de Ladyhawke qui se voulait comme un retour aux origines du roman chevaleresque avec un recours à des images soignées et une approche mythologique du couple maudit. En 2020, quand on regarde le film, il y a une antonymie vraiment rédhibitoire à l’écran entre le son et l’image, qui demande beaucoup d’efforts aux spectateurs pour ne pas décrocher du film. À l’époque de la sortie, cette musique était en décalage avec les images, mais collait avec les créations musicales que les spectateurs entendaient tous les jours. Mais maintenant, elle est datée par rapport à notre époque et anachronique par rapport aux images. C’est un peu la double peine pour son compositeur. De même, Powell systématise les envolées épiques pour un film qui compte très peu scènes d’actions et s’avère plutôt introspectif. On a parfois l’impression que Powell s’est trompé de film et compose sa musique devant les images d’un actionner avec Stallone. Les fans d’Alan Parsons Project ne seront pas forcement d’accord, mais on peut regretter de n’avoir pas un Jerry Goldsmith qui nous régalerait avec des compositions symphoniques plus en lien avec l’univers représenté.

Ladyhawke souffre aussi des choix de mise en scène de Donner qui systématise les plans larges dans les scènes d’action et de poursuite. On a parfois l’impression que le cinéaste se dit que la photographie du long-métrage et ses décors naturels suffisent en matière de mise en scène. On ne retrouve pas ici son dynamisme habituel en termes de montage dans des réalisations comme L'Arme fatale. Ladyhawke n’est pas un film parfait, mais son originalité lui permet d’occuper une place à part dans la fantasy au cinéma grâce à la simplicité et la beauté de son histoire d’amour, le charisme incandescent de Michelle Pfeiffer et la noblesse chevaleresque de Rutger Hauer. Un long-métrage à la photographie magnifique à redécouvrir.

Mad Will

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