Affiche du film Le Voyeur
Affiche du film Le Voyeur

Le Voyeur

1960 101 minutes Couleur 23 mai 2018
Tous publics

Un film de Michael Powell

Jeune technicien d'un studio de cinéma londonien, Mark Lewis souffre d'un déséquilibre mental dû à l'éducation de son père, un psychologue réputé. Ce dernier, en effet, a expérimenté sur son fils l'apprentissage de la peur. Mark en a gardé une fascination morbide pour le masque de la frayeur. Sa caméra munie d'une lame lui permet d'égorger ses victimes — toujours des femmes — tout en filmant leur agonie. Le miroir qui complète ce dispositif ne laisse rien ignorer aux malheureuses de leurs propres soubresauts de terreur. Au fil du temps, Mark se lie d'amitié avec Helen, sa voisine, puis s'en éprend. Il s'efforce de maîtriser la pulsion qui le pousse à l'égorger et jette son dévolu sur Vivian, une jeune actrice...

Jeune technicien d'un studio de cinéma londonien, Mark Lewis souffre d'un déséquilibre mental dû à l'éducation de son père, un psychologue réputé. Ce dernier, en effet, a expérimenté sur son fils l'apprentissage de la peur. Mark en a gardé une fascination morbide pour le masque de la frayeur. Sa caméra munie d'une lame lui permet d'égorger ses victimes — toujours des femmes — tout en filmant leur agonie. Le miroir qui complète ce dispositif ne laisse rien ignorer aux malheureuses de leurs propres soubresauts de terreur. Au fil du temps, Mark se lie d'amitié avec Helen, sa voisine, puis s'en éprend. Il s'efforce de maîtriser la pulsion qui le pousse à l'égorger et jette son dévolu sur Vivian, une jeune actrice...

Autour du film

Michael Powell est un réalisateur très important pour ma cinéphilie. Ma première rencontre avec son cinéma remonte à mon adolescence et à l’émission Cinéma de Quartier qui fut fondatrice de ma passion pour le cinéma de genre des années 60 et 70. Ce programme permettait de découvrir ou redécouvrir des classiques du cinéma populaire européen. Jean-Pierre Dionnet, le créateur de Metal Hurlant y proposait chaque semaine un film qu’il présentait avec sa passion légendaire. Encore adolescent, la découverte du Narcisse Noir et du Voleur de Bagdad, tous deux signés par Powell et diffusés dans cette émission, me marqua profondément. Le cinéma extrêmement sensitif et romanesque de l’auteur toucha beaucoup le jeune homme que j’étais alors et qui allait pourtant voir en salles le cinéma américain d’action des Bruce Willis et autre Stallone.  Touché par la grâce des images, je fus frappé par les couleurs flamboyantes presque fauvistes de ces films. Depuis, mon amour pour les longs-métrages de Powell tels que Les chaussons rouges ou le Colonel Blimp n’a jamais faibli.

Le voyeur qui nous occupe aujourd’hui est un bijou d’inventivité qui fit scandale dans l’Angleterre bien-pensante de la fin des années 50 et qui brisera la carrière de Powell. Le réalisateur anglais y fait preuve d’une grande inventivité du point de vue du langage cinématographique et démontre une fois encore sa capacité à se réinventer de film en film.

Il était temps de faire un retour sur ce film testamentaire qui ressort sur nos écrans le 23 mai grâce au distributeur Les acacias et qui me permet d'évoquer un des génies du 7ème art les plus méconnus du grand public.

Que raconte Le voyeur :

Jeune technicien d'un studio de cinéma londonien, Mark Lewis souffre d'un déséquilibre mental dû à l'éducation de son père, un psychologue réputé. Ce dernier, en effet, a expérimenté sur son fils l'apprentissage de la peur. Mark en a gardé une fascination morbide pour le masque de la frayeur. Sa caméra munie d'une lame lui permet d'égorger ses victimes - toujours des femmes - tout en filmant leur agonie. Mark se lie d'amitié avec Helen, sa voisine, puis s'en éprend.

Pour comprendre le Voyeur, il est nécessaire de se référer à l’un des initiateurs du projet, le scénariste Leo Marks qui joua un grand rôle dans l’histoire britannique durant la Seconde Guerre mondiale. L’homme travailla à partir de 1942 au sein du Special Operations Executive où il révolutionna les techniques de codage. Powell et lui envisageaient comme projet commun un long-métrage autour de Freud mais la mise en chantier par Huston d’un Biopic sur le célèbre psychanalyste autrichien les obligea à changer de sujet. Marks proposa alors à Powell de réaliser Le voyeur, film censé nous faire pénétrer dans la psyché de Mark Lewis, un tueur fasciné par le cinéma. Le scénariste, contaminé par son expérience dans le codage voyait les créations artistiques de l’esprit comme un moyen de codage ses sentiments refoulés. À travers Le voyeur, c’est avant tout une réflexion sur l’art et particulièrement sur le cinéma comme expression artistique de nos désirs que Powell et Leo Marks nous proposent.

Le cinéma est partout dans Le voyeur, que ce soit la vue subjective du tueur à travers l’objectif de la caméra dans la première séquence du film ou bien les crédits artistiques qui apparaissent sur l’écran sur lequel le criminel diffuse ses méfaits.  Même l’arme du tueur renvoie au septième art avec ce trépied particulièrement bien aiguisé.  Powell a toujours été un grand formaliste. Ce qui l’intéresse ici c’est de faire un film sur le cinéma et d’interroger le spectateur sur son rapport à l’image. Le cinématographe fonctionne sur le principe de l’observation qui conduit le spectateur à vivre par procuration les aventures qui lui sont projetées. L’image devient un phantasme pour l’observateur, qui vit, par le biais du regard, des actions qu’il ne pourrait pas forcement accomplir dans la réalité, la personne observée étant perçue comme un simple objet (c’est particulièrement vrai pour le cinéma hollywoodien). Cela vaut pour des genres comme le film d’aventure ou la comédie romantique ou même le genre pornographique quintessence de ce désir de posséder l’autre.

Cette idée est traduite dans le film par la volonté de Mark Lewis de retrouver le sentiment de peur en essayant de le voler littéralement à ses victimes par le biais de la caméra.  Le voyeur s’ouvre ainsi avec un gros plan d’œil qui signifie que tout le film s’articule sur la question du regard. Powell use également durant tout le métrage de la caméra subjective. Dès le premier meurtre, il veut confronter le spectateur à ce que le tueur voit. Mais Powell ne se limite pas à ce dispositif et, dans la scène du tournage où Mark joue au réalisateur avant de tuer sa victime, le décor de la scène est celui d’un vrai plateau de cinéma. Cette mise en abyme du 7ème art montre bien la volonté de Powell de questionner le regard spectateur en l‘interrogeant sur ses désirs profonds. La scène assez longue fait monter crescendo la tension chez le spectateur qui, tout en connaissant déjà la fin, attend avec beaucoup d’angoisse, mais aussi (sans se l’avouer) beaucoup de plaisir, la mise à mort. Le film ne dénonce pas le voyeurisme, mais illustre l’idée que l’art, et plus particulièrement le cinéma sont des phantasmes. L’esprit malade pour le cinéaste anglais est celui qui ne comprend pas le mensonge intrinsèque de l’image projeté. Cette affirmation est signifiée par le personnage de l’aveugle, la seule à ne pas être prisonnière des représentations visuelles et qui découvre l’horrible vérité. Pour Powell, le cinéma n’est pas et ne sera jamais le réel.

L’art est donc avant tout une projection des désirs, refoulés ou non, du réalisateur et du spectateur. Il est même salutaire comme moyen d’expression des interdits. En effet, ce ne sont jamais les films qui sont malades, mais la société qui les produit et qui refuse de voir ses propres perversions. Si certains finissent par confondre l’existence réelle et l’art, c’est en raison du poids d’une société qui nous conduit à refouler au nom de la bonne conscience la réalité d'un monde sordide. À ce titre, nous avons cette scène où Lewis présent dans le bureau de presse assiste à l’arrivée d’un homme venu acheter des photos érotiques qu’il dissimulera dans une enveloppe où est écrit "Educational Books". La scène suivante avec les bleus que les stripteaseuses veulent dissimuler sur les photos montre oh combien la réalité est plus glauque et violente que le cinéma.

Nous sommes ici dans une vision freudienne de l'inconscient où le cinéma occupe la même fonction que le rêve permettant d’exorciser nos plus sombres désirs. Mais il n’est pas toujours suffisant. Powell en adoptant la caméra subjective et en faisant du tueur « le personnage principal de l’histoire » s’éloigne d’un Hitchcock autrement plus moraliste sur un Psychose (tourné presque au même moment) où il fait de Bates une bête immonde. Ainsi Powell choisit pour incarner l’assassin Karlheinz Böhm, au physique plus qu’avantageux et qui s’était fait connaître dans la série des Sisi. Ces partis pris considérés comme amoraux à l’époque étaient là pour signifier que la frontière entre le réel et sa récréation cinématographique est étroite.  La psyché humaine est en effet une chose tellement fragile qu’il est aisé de confondre ses désirs et la réalité. À ce titre, en jouant le père du héros et en offrant à son propre fils d’incarner Mark Lewis jeune, il explique qu’en tant que cinéaste, il n’est pas si éloigné du tueur qu’il met en scène. La différence est ici que le tueur, en raison de mauvais traitements, a brisé la frontière entre la fiction et le réel.

Au-delà de sa richesse thématique, Le voyeur est une référence en termes de visuel. Chaque plan du film est une réussite plastique. Surcadrages, mouvements de caméra défiant l'apesanteur, caméra subjective, usage de profondeur de champ, le cinéaste emploie la quasi-totalité des possibilités du langage cinématographique à la manière d’un Godard, mais en plus sensorielle. On pense également au Giallo tant ses audaces de mise en scène annoncent celles d’Argento. Powell est véritablement un peintre en technicolor (en Eastmancolor pour être exact) usant des couleurs primaires pour créer des tableaux de toute beauté.

Film malade à la beauté renversante, réflexion sur le cinéma comme incarnation des phantasmes du réalisateur et du spectateur, Le voyeur est tout bonnement un classique du cinéma à voir en salles !

Mad Will

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