Mathieu reçoit un jour un appel téléphonique en provenance du Québec. Pierre, meilleur ami du père qu’il n’a jamais connu, lui apprend que celui-ci vient de décéder et qu’il a laissé quelque chose pour lui. Mathieu s’envole alors pour la Belle-Province avec l’idée fixe de rencontrer ses demi-frères.

Le bleu domine. Celui des yeux et des vêtements pastel de Mathieu et de Pierre. Couleur douce, discrète, pas tape-à-l’œil pour un sou, à leur image. « Médecin idéaliste », Pierre croit davantage aux bienfaits des plantes et à la saveur d’un poisson fraîchement pêché qu’à l’argent. A l’inverse de son ami Jean, qui gérait ses vies professionnelle et sexuelle avec cynisme, c’est un sentimental. « Les effusions, dame, il déteste. Pour lui mettre en plein soleil son cœur ou son cul, c’est pareil », comme chantait notre Modeste national. La communication passe alors par le regard, les gestes, les cadeaux symboliques. Parmi eux, un acte de bienveillance paradoxal : le mensonge pieux. Philippe Lioret excelle à montrer le petit jeu des cachotteries réciproques qui aboutit parfois à une situation où tout le monde a compris mais préfère continuer à jouer pudiquement la comédie qui permet de garder le silence. Avec le personnage de Pierre, qui rappelle furieusement le père de Je vais bien, ne t’en fais pas, il réussit une fois de plus le portrait émouvant d’un taiseux sublime qui compense sa lâcheté à dire par sa pugnacité à taire.

F.L.