Affiche du film Le Terminal
Affiche du film Le Terminal

Le Terminal

2004 128 minutes Couleur 15 septembre 2004
Tous publics

Un film de Steven Spielberg

Viktor Navorski est l'un de ces milliers de touristes, venus des quatre coins du monde, qui débarquent chaque jour à l'Aéroport JFK de New York. Mais, à quelques heures de son arrivée, voilà qu'un coup d'État bouleverse sa petite république d'Europe Centrale, mettant celle-ci au ban des nations et faisant de Viktor... un apatride. Les portes de l'Amérique se ferment devant lui, alors même que se bouclent les frontières de son pays : Viktor est bel et bien coincé...

Viktor Navorski est l'un de ces milliers de touristes, venus des quatre coins du monde, qui débarquent chaque jour à l'Aéroport JFK de New York. Mais, à quelques heures de son arrivée, voilà qu'un coup d'État bouleverse sa petite république d'Europe Centrale, mettant celle-ci au ban des nations et faisant de Viktor... un apatride. Les portes de l'Amérique se ferment devant lui, alors même que se bouclent les frontières de son pays : Viktor est bel et bien coincé...

Autour du film

Spielberg… Il est toujours passionnant de découvrir ou redécouvrir ses réalisations jugées mineures par la critique et une bonne part du public. Quand on regarde Le Terminal, on est pourtant frappé par la maîtrise de Spielberg qui nous offre un spectacle de haute volée et d’une rare intelligence digne du cinéma classique hollywoodien de Franck Capra ou Howard Hawks.

Il est amusant de noter que Spielberg réussit là où Hergé (qu’il adaptera ensuite) a échoué presque 30 ans auparavant en faisant une œuvre artistique se concentrant sur un terminal d’aéroport.  En 1976, Hergé voulait proposer avec Un jour d'hiver dans un aéroport, une bande dessinée où tous les personnages de Tintin se rencontreraient dans ce lieu emblématique de transit. Il déclarait en 76 : « Je songe déjà au prochain Tintin. J’ai une idée, ou plutôt, une fois encore, j’ai un lieu, un décor : j’aimerais que tout se passe dans un aéroport, du début à la fin. L’aéroport est un centre riche de possibilités humaines, un point de convergence de diverses nationalités : le monde entier se trouve en réduction, dans un aéroport ! Là, tout peut arriver, des tragédies, des gags, de l’exotisme, de l’aventure... J’ai donc un lieu, il me reste à trouver une histoire ». Mais Hergé abandonnera le projet après des années de travail au regard de sa complexité pour se lancer dans l’aventure de Tintin et l'Alph-Art qui reste inachevé.

Le Terminal est très librement inspiré de la vie de l'Iranien Mehran Karimi Nasseri qui resta bloqué des années dans le Terminal 1 de l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle. Pour l'anecdote, Philippe Lioret s’était inspiré de cette même histoire pour son film Tombés du ciel sorti en 1993 avec Jean Rochefort.

Le Terminal est à l’origine un projet du scénariste Andrew Niccol qui connut son heure de gloire avec Bienvenue à Gattaca ou The Truman Show. Il fut longtemps considéré à Hollywood comme le spécialiste des scénarios qui exploitent toutes les possibilités narratives offertes par un concept qui doit être le plus accrocheur et simple possible.  Pour autant le script final est l’œuvre de Sacha Gervasi et Jeff Nathanson.

En mettant en scène un réfugié non anglophone (du moins au début du film) dans un terminal où personne ne reste jamais, le travail des scénaristes n’était pas aisé.  Au final, porté par une mise en scène élégante et d’une grande intelligence, Le Terminal est un film magique qui arrive à nous conter une histoire universelle qui peut sembler en apparence simple, mais qui a nécessité de la rigueur et beaucoup de talent pour rendre vivant chaque microsome de l’aéroport. Une réussite majeure qui prouve oh combien Spielberg et un narrateur hors pair et le dernier grand metteur en scène classique d’Hollywood.

Mais que raconte Le Terminal :

Viktor Navorski est l'un de ces milliers de touristes, venus des quatre coins du monde, qui débarquent chaque jour à l'Aéroport JFK de New York. Mais, à quelques heures de son arrivée, voilà qu'un coup d'État bouleverse sa petite république d'Europe Centrale, mettant celle-ci au ban des nations et faisant de Viktor... un apatride. Les portes de l'Amérique se ferment devant lui, alors même que se bouclent les frontières de son pays : Viktor est bel et bien coincé...

Ce long-métrage témoigne d’une filmographie d’une richesse incroyable qui fut pendant plus de 20 ans injustement considérée comme mineure ou faussement naïve. Comme beaucoup d’œuvres de Spielberg, Le Terminal est beaucoup plus profond et malin que sa réputation de fable ingénue pourrait laisser penser. Derrière la comédie à la Chaplin avec son héros au pantalon taille haute se dessine une critique en règle contre l’état policier. On se souvient ainsi de ces caméras de surveillance que le chef des douaniers Frank Dixon ne cesse d’utiliser contre notre héros et qui donnent une scène burlesque d’une poésie rare ou Hanks entame un bal avec les caméras.
À ce titre, la galerie des personnages rencontrés par Hanks sont aussi des expatriés, qui craignent pour leur visa et auxquels on fait faire les basses besognes que personne d’autre ne veut faire. Spielberg souligne ici la fausseté du prétendu melting-pot américain.

Dixon, le chef des douanes, représente par son autorité excessive nos états devenus paranoïaques et qui ont totalement oublié le facteur humain. Ses menaces contre les travailleurs immigrés de l’aéroport témoignent de l’attitude des pays occidentaux envers les nouveaux arrivants qui ne seront jamais considérés comme des citoyens comme les autres. La scène où l'aéroport décide d’engager un agent pour l’empêcher Hanks de récupérer la consigne des chariots qui lui permet de survivre rappelle les politiques fascistes de gouvernement prêt à affamer des êtres humains pour être sûr de s’en débarrasser.

En 2004, Le Terminal dénonçait l’inhospitalité et l’inhumanité des USA sous G.W. Bush. Avec les guerres toujours plus nombreuses et l’arrivée de réfugiés climatiques, le discours du film est terriblement d’actualité. Un film politique et surtout humain grâce à sa galerie de personnages tous bien esquissés que ce soit Enrique Cruz qui fournit les plateaux-repas ou le balayeur Gupta Rajan qui veut s’intégrer à tout prix en faisant tout pour ne pas se faire repérer.

Le film propose une romance entre Tom Hanks et Catherine Zeta-Jones qui ne tombe jamais dans les clichés de la comédie romantique. Dès la première scène, Catherine Zeta-Jones invite notre héros à une soirée pour se remettre avant tout de son désarroi amoureux.  Nous ne sommes pas dans la mièvrerie, mais dans une histoire touchante ou deux personnages s'unissent dans leur solitude et passent juste du temps ensemble. À noter que Catherine Zeta Jones trouve ici un de ses meilleurs rôle et nous rappelle les grandes stars hollywoodiennes grâce à un dosage subtil entre beauté classique et jeu d’acteur plutôt retenu.

Spielberg déclarait « Ma philosophie est celle-ci : si vous voyez sur l'écran le dur travail qu'a exigé le film, alors j'ai échoué. » À la différence de trop nombreux cinéastes contemporains qui ne maîtrisent plus le langage cinématographique et qui se révèlent incapables de raccorder leurs films autrement qu’en multipliant les plans jusqu’à provoquer la nausée, Spielberg nous offre une mise en scène impressionnante et d’une lisibilité absolue. Dès le début, d’élégants travellings nous font découvrir l’aéroport. Puis très vite, le montage associe des mouvements de caméra qui vont dans des directions opposées entre les douaniers et les visiteurs. Les passagers se dirigent vers la droite pour rentrer sur le sol américain tandis que les forces de l’ordre s’avancent vers la gauche pour les retenir. Spielberg s’appuie sur une règle fondamentale de la BD et du cinéma nommée "la règle de l’air ». La droite du cadre représente l’avancée et le futur tandis que la gauche symbolise l’empêchement ou le retour vers le passé.  Hergé usait beaucoup de cette règle dans Tintin. Tom Hanks est ainsi dès le début du film toujours à gauche du plan comme dans la scène de l’interrogatoire.

Je vous épargnerais l’analyse de l’intégralité du film, mais chaque plan est pensé et signifiant, Spielberg n’est pas un cinéaste esthétisant obnubilé par la belle image. C’est plutôt l’héritier d’un Ford ou un Hitchcock qui pensait que chaque plan avait une signification. On pourrait donc attribuer à Spielberg ce que Deplechin disait d’Hitchcock : « un plan ne vaut pour Hitchcock que s'il est adressé à un spectateur, s'il rend possible une discussion avec lui ». La clarté de son travail et sa maîtrise formelle est telle que sous une apparente simplicité, il filme les relations humaines avec une grande aisance.

Spielberg s’appuie sur un Tom Hanks encore une fois encore impeccable. L’acteur américain parvient à donner vie à son personnage de Viktor Navorski que l’on dirait tout droit sorti des comédies de Charlot ou des Marx Brothers. Brillant dans les scènes comiques, il est bouleversant dans cette séquence dramatique où il découvre sur les écrans des télévisions la guerre dans son pays. Son jeu physique est dans la lignée d’un Chaplin et il l’accompagne d’un travail sur l’accent qui est extrêmement subtil. Joe Dante qui l’avait dirigé sur Les Banlieusards disait de Tom Hanks qu’il était de l'homme de la rue ultime, auquel tout le monde peut s'identifier.  En donnant ce rôle à Hanks, Spielberg savait pertinemment que Victor ne tomberait pas dans la caricature. Hanks ne chercherait pas à atteindre des sommets de niaiserie pour gagner l’Oscar. Son personnage qui ne parle pas pendant une bonne partie du film devient sous la caméra de Spielberg un symbole d’humanité qui rappelle à tous que l’immigration n’est pas qu’une affaire de chiffre.  

Quelques mots sur la magnifique partition de John Williams, très différente de ses productions habituelles, qui montre l’aisance et l’inventivité d’un musicien qui se réinvente entre jazz et accordéons. Le réalisateur peut compter sur un autre collaborateur très talentueux, le directeur de la photographie Janusz Kaminski, qui commence le film avec une lumière froide où la couleur va au fur et à mesure envahir l’écran pour souligner l'humanisme contagieux dont fait preuve Hanks.

Tourné en plein Patriot Act, l’humanisme de Spielberg n’est jamais niais et témoigne d’un discours existentialiste qui a foi en l‘homme pour changer les choses. Un tel discours est à ce titre beaucoup plus corrosif et subversif que l’ironie où le nihilisme de nombreux cinéastes arty qui ne cessent de nous répéter que tout est fini. À travers Le Terminal, il nous invite justement à penser en homme et à accepter l’autre, non comme un étranger perçu par les images de CNN ou BFM, mais comme un égal.

Terminal n’est pas un long-métrage mineur. C’est un film très touchant qui témoigne du talent d’un cinéaste qui nous émerveille depuis 40 ans. Un Spielberg à redécouvrir absolument. Bonne séance !

Mad WIll

PS : Le film est disponible en VOD et sur Netflix.

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