Œuvre matricielle du giallo, 6 Femmes pour l'assassin est un joyau à la beauté incroyable. Tourné par un réalisateur en état de grâce, le film est une référence pour des générations de cinéphiles amoureux fous du cinéma de genre italien.

L’ouverture du film est une synthèse parfaite du cinéma de Mario Bava. Alors que défilent les crédits des comédiens, nous découvrons les acteurs du film dans de superbes décors éclairés de manière expressionniste. Ils apparaissent à l’écran à côté de mannequins de vitrine. Ce générique correspond à la vision d’un réalisateur formaliste qui n’aimait pas spécialement les comédiens qu’il considérait comme de simples éléments de décor, mais surtout il incarne la vision créatrice d’un réalisateur dont le cinéma très théâtralisé est dans la lignée d’un Calderón et de son chef d’oeuvre La vie est un songe. Instabilité des êtres et de leur psychologie, apparences trompeuses, 6 Femmes pour l'assassin, avec ses protagonistes qui changent d'attitude au cours d’un récit, renvoie au monde rempli d'illusions du grand dramaturge espagnol.

Le cinéma de Bava est à l’opposé de la conception américaine du 7ème art à la David Wark Griffith où le cinéma se doit d'être une imitation du réel grâce à une caméra invisible au service de la narration. Tout au contraire, Bava va nous indiquer, dès la première séquence du film, la présence de sa caméra par l'intermédiaire d'une enseigne de la maison de haute couture qui bloque littéralement le champ puis finit par se détacher à cause du vent. C’est à ce moment que la caméra s’avance tout en frôlant l’écriteau qui donne l’impression de rester accroché au matériel de prises de vue. Par l’intermédiaire de ce stratagème, Bava nous rappelle que nous sommes dans une salle de cinéma devant une oeuvre qui n’a rien à voir avec le réel.

6 Femmes pour l'assassin est un film fondateur pour le "Giallo" italien. Tueur masqué, arme blanche et sang rouge vif, la plupart des codes des thrillers transalpins à venir sont présents dans ce film où les victimes sont bien sûr de superbes jeunes femmes légèrement vêtues. À l’instar d’un Sergio Leone qui créa un genre cinématographique avec le western-spaghetti,  Bava a révolutionné les codes du cinéma italien en créant de nouvelles formes cinématographiques par deux fois dans sa carrière. On pense tout d’abord au Masque du démon qui ouvrit la nouvelle ère du cinéma gothique italien avec ces séquences horrifiques qui faisaient preuve d’un certain sadisme. Puis c’est bel et bien avec 6 Femmes pour l’assassin (les prémisses du genre sont déjà visibles dans La fille qui en savait trop ou Les Trois Visages de la peur de Bava) qu’il imposera le "Giallo" grâce à sa caméra fétichiste et son usage de couleurs primaires.

6 Femmes pour l'assassin est tout simplement l’un des films les mieux photographiés de l’histoire du 7ème art. Le réalisateur italien façonne une esthétique « du ressenti » où la couleur renseigne le plus souvent sur l’état mental des personnages. Enfin, derrière la beauté des images se cache une vision nihiliste de l’humanité où la cupidité est au centre des relations humaines. Une vision logique de la part d’un homme qui a toujours fui la reconnaissance et qui n’a jamais vraiment cherché à faire de l’argent.

Sublime exercice de style, 6 Femmes pour l'assassin est une œuvre d’avant-garde que tout cinéphile se doit d’avoir vue. Vous savez donc ce qu’il vous reste à faire partir du 3 juillet grâce au Théâtre du Temple !

Mad Will