Hit the road de Panah Panahi (le fils de Jafar) est une comédie entrainante dont on ne devine les enjeux qu’au fil des kilomètres parcourus par les différents protagonistes . Nous suivons ainsi une famille de quatre personnes dans leur trajet depuis Téhéran vers la frontière turque. Dans ce road movie, thème cher au cinéma iranien, tout le monde dissimule ses intentions. Prenons le père qui a la jambe dans le plâtre, son handicap semble au final un moyen pour ne pas travailler. Quant au fils ainé qui garde obstinément la bouche fermée quand il est au volant, il suffit qu’une voiture de police le suive pour que sa mâchoire se desserre. Enfin, pourquoi la mère pleure sans raison apparente et que le chien Jessy fait son cabot ?. À ce titre, même les passagers occasionnels n’ont pas l’air très nets. Et si le réalisateur ne nous disait pas tout ?

Au final, ne serait-ce pas la morale de l’histoire ? La société iranienne est fondée sur un mensonge ou plutôt les mensonges de tous ceux qui ont quelque chose à cacher, ce qui est presque une obligation dans un régime qui surveille sans relâche ses concitoyens. La dissimulation est alors la seule échappatoire possible pour ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas fuir. Le film traite ainsi en filigrane de l’exil et de la séparation. Cette dernière est traitée formellement mais aussi métaphoriquement par les plans du réalisateur qui, très serrés au départ dans l’habitacle de la voiture, deviennent de plus en plus larges quand on se rapproche des montagnes et de l’immensité des paysages.

Quant au ressort comique, il provient, en plus du comique de situation, du personnage du  dernier passager de la voiture, le plus jeune fils. Cette véritable pile électrique n’aura de cesse de poser des questions dérangeantes afin de découvrir ce qu’on lui cache, à commencer par la destination de la voiture puis les raisons de ce périple et du comportement étrange de sa famille.

Riche en situations cocasses, rempli d’un humour décalé et percutant, ce film est une comédie très réussie, un coup de maitre pour un premier long métrage.

Laurent Schérer