Nous avions laissé [[Personne:6960 Justine Triet]] en 2016 avec [[Film:791 Victoria]], nous la retrouvons aujourd’hui en grande pompe, dans la course officielle de la 72ème palme d’or. Elle apparaît de nouveau au bras de [[Personne:6600 Virginie Efira]], renommée Sibyl, en grande discussion avec son éditeur dans un restaurant de sushis sur rails, où les plats défilent sous le nez de l’écrivaine impuissante, soufflée par le discours peu encourageant de son interlocuteur. Psychanalyste au passé chaotique, Sibyl a décidé de s’éloigner de la plupart de ses patients pour se consacrer de nouveau à sa passion première, l’écriture.

Alors qu’elle traverse l’éternelle étape de la page blanche, elle reçoit un appel désespéré de Margot ([[Personne:3760 Adèle Exarchopoulos]]), jeune actrice enceinte de son partenaire à l’écran, un acteur célèbre qui s’avère également être le fiancé de la réalisatrice du film. Sibyl jubile : l’histoire de son futur roman est en train de s’écrire sous ses yeux. Sibyl transgresse alors les limites de sa profession, infiltrant la vie privée de sa patiente en devenant sa coach à plein temps. Elle accepte même de l’accompagner sur le tournage de son film à Stromboli pour y rencontrer le fameux amant ([[Personne:5544 Gaspard Ulliel]]) et la réalisatrice doublement trompée ([[Personne:6775 Sandra Hüller]], de Toni Erdmann). L’île sacrée de Rossellini devient le théâtre d’événements hautement dramatiques, et [[Personne:6960 Justine Triet]] amenant ses acteurs -en totale éruption- au sommet de leur capacités.

Troisième long métrage de [[Personne:6960 Justine Triet]], Sibyl en est incontestablement son plus maîtrisé, où chaque micro particule scénaristique est justifiée, où la structure narrative, pourtant ambitieuse, retombe toujours sur ses pattes. Au fur et à mesure que Sibyl se reconnaît dans les déboires sentimentaux de sa patiente à l’écran, le film dresse un portrait en creux de son héroïne, dont le passé se dessine en flash-back. Le film ressemble ainsi à la mémoire fragmentée d’une femme qui souffre, fait d’éclats nostalgiques amoureux avec [[Personne:3962 Niels Schneider]], et de disputes familiales avec [[Personne:4444 Laure Calamy]]. À l’inverse des scènes rejouées à l’infini que le cinéma autorise (ici la scène de gifle à Stromboli), les choix de Sibyl ne peuvent se permettre qu’une seule prise, éternellement ravivée, sous les traits d’une petite fille que Sibyl eut jadis de l’homme qu’elle aimait tant, et dont le souvenir demeure dans cet enfant qui lui ressemble. Dans ce rôle complètement exalté, [[Personne:6600 Virginie Efira]] confirme son génie d’actrice et de femme de son temps, belle et moderne.

Se délaissant de l’aspect documentaire qui trônait dans ses débuts au cinéma, en privilégiant notamment les scènes en temps réel (cf. les disputes dans [[Film:15602 La Bataille de Solférino]]), [[Personne:6960 Justine Triet]] est montée d’un cran, d’une grande marche rouge dans la dramaturgie, saisissant ce que la magie de la fiction sait offrir : écrire, inventer, mettre en scène,  pour s’approcher au plus près de l’émotion universelle.

S. D.