Ma vie avec John F. Donovan

The Death and Life of John F. Donovan

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127 minutes
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Couleur
Affiche du film Ma vie avec John F. Donovan Des années après la mort de John F. Donovan, une vedette de la télévision américaine, Rupert Turner, un jeune acteur, raconte son amitié épistolaire avec la star quand il était enfant à Londres. Le petit garçon d'alors ne trouvait pas sa place dans ce monde et a donc commencé à écrire à son idole à qui tout semblait réussir. Sa mère finit par découvrir la vérité et ne peut accepter cette amitié qu'elle juge malsaine. De son côté, Donovan ne s'est pas permis pas de vivre sa vie privée comme il le désirait, de peur de nuire à sa carrière. Il vivait également une relation compliquée avec sa mère alcoolique, kitsch, frustrée et émotive...

Casting

Rôle : le narrateur
Rôle : Rupert Turner
 

Réalisateur

Date de sortie

13/03/2019

Genre

Nationalité

Distribution

Classification

Non renseigné

Critique de la rédaction

Notre critique CCSF

Pour son premier film en langue anglaise Xavier Dolan s’est lancé un défi de taille, raconter deux vies en deux heures dans un vrai mélodrame à l’américaine.

Nous retrouvons la même structure narrative que dans Laurence Anyways : le personnage principal revient sur les faits plusieurs années après, à l’occasion d’une interview. Le film se construit en flash-back, au fur et à mesure que le narrateur se souvient. Dans Laurence Anyways, Melvil Poupaud racontait son passage d’un corps d’homme à celui de femme ; ici Tom Rupert, jeune écrivain, vient de publier le recueil d’une relation épistolaire qu’il entretenait à l’âge de 9 ans avec John Donovan, une star du petit écran. La journaliste n’a visiblement que faire de ce gamin qu’elle considère plus comme un fan boy qu’un écrivain, avant de comprendre que l’histoire de sa jeunesse ne s’arrête pas à sa fascination pour un acteur de seconde zone mais est celle de toute une génération (et au passage celle de Dolan).

Rupert Turner (Jacob Tremblay) a quitté son Amérique natale pour vivre en Angleterre avec sa mère Sam (Natalie Portman). Jeune comédien, il rêve de suivre les pas de son acteur fétiche, John F. Donovan, héros d’une série télévisée fantastique dont il ne rate aucun épisode. Rupert est rejeté par ses camarades de classe, se sent incompris par sa mère et donc terriblement seul. La seule chose qui le rend heureux, ce sont les lettres à l’encre verte qu’il échange en cachette avec John Donovan en personne, dans lesquelles l’acteur se confie sur ses doutes, ses peines et sa grande solitude.

Peu importe si cet échange paraît invraisemblable, le film est de toute façon un gigantesque fantasme, celui de Xavier Dolan ancien petit garçon fanatique, lui-même auteur d’une lettre à Leonardo DiCaprio à l’âge de huit ans (laissée sans réponse), devenu réalisateur à succès, qui se rêve aujourd’hui star d’Hollywood. Délaissant Anne Dorval (son actrice fétiche) et son patois québécois qui fut longtemps son fonds de commerce, Dolan a tenté sa chance en Amérique avec la fine fleur locale : Susan Sarandon (en mère de John), Natalie Portman et initialement Jessica Chastain dans le rôle d’une redoutable rédactrice en chef. Mais ce personnage ne passera finalement pas l’épreuve de la salle de montage, le réalisateur ayant, rappelons-le, justifié cette coupe malheureuse par la nécessité de recentrer son récit autour de ses enjeux principaux dont le monde des « gossip » ne fait que très peu parti.

En face de l’enfant qui fantasme, il y a l’être fantasmé qui, bien sûr, ne ressemble en rien à celui que l’on s’imagine. John F. Donovan, un beau garçon aux yeux tristes interprété par Kit Harrington à qui le troc de l’armure de Jon Snow dans Game of Thrones contre un perfecto et une chemise à carreaux réussit pleinement. John est prisonnier du rôle qu’on lui a créé de toute pièce, une icône de mode, un sex-symbol hétérosexuel. Mis à part son frère, personne n’est au courant de son attirance pour Will Jefford, un bel acteur qu’il côtoie en boite de nuit. Sur le plateau de tournage ou autour d’un dîner de famille, John ment, ou plutôt il ne dit rien. Le silence à la place du mensonge est un motif récurrent chez le cinéaste canadien. Que ce soit pour Tom (Tom à la ferme), Louis (Juste la fin du monde) ou Laurence (Laurence Anyways), le non-dit est toujours une douce alternative pour se défiler, pour ne pas dire qu’on est gay, qu’on est malade ou qu’on veut devenir une femme. Les aficionados remarqueront peut-être que Jacob Tremblay dans Ma vie avec John F. Donovan et Melvil Poupaud dans Laurence Anyways prononcent la même phrase lorsque leur secret est découvert : “je n’ai pas menti, j’ai juste rien dit.”

À fond dans son trip américain, Xavier Dolan ose tout, même une scène de retrouvailles au ralenti, sous la pluie, avec effusion, larmes, et Stand by me en fond sonore. On se dit non, ce n’est pas possible, ce genre de chose est proscrit depuis 2001, et puis on accepte, comme un hommage à tous ces films cultes, de Titanic à L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, qui font eux aussi partie de l’histoire du cinéma et que Dolan parvient à remettre au goût du jour. C’est en cela que Ma vie avec John F. Donovan est un film étonnant. Même s’il s’éloigne des habitudes de mise en scène de son réalisateur dont on aimait les folies visuelles, les plans purement contemplatifs, les inserts sur les détails d’une robe ou d’un bouton, le film reste totalement en accord avec le reste de sa filmographie : une œuvre très personnelle, intimiste et sentimentale, comme les pages d’un journal intime.

S.D.

 

 

 

Publié le 07/03/2019

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