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La critique de L. Schérer

Lovemilla du réalisateur Teemu Nikki est un film drôle qui sous ses aspects un peu « n’importe quoi » à tendance kitch,  traite de thèmes sociaux importants. Le long-métrage évoque ainsi la dépendance au travail, à l’alcool, mais parle aussi des relations de couple, de la virilité, de la confiance (en soi et aux autres) et plus généralement des relations sociales.

Dans un univers fantaisiste où cohabitent des fées, des méchas et des zombies et alors que le voyage dans le temps est possible, Milla et Aimo s’aiment d’amour tendre. Le garçon est propriétaire d’un restaurant et fan de bodybuilding alors que Milla vit avec lui dans la maison de ses parents zombifiés par l’abus d’alcool. Le jeune couple en a assez de cette proximité et décide de louer un appartement pour eux et leur animal de compagnie. Mais c’est là que tout se gâte. À cause de la stratégie stupide de la « meilleure amie qui vous veut du bien » de Milla, le couple vole en éclats et l’histoire déjà déjantée au départ (les premières images  en panoramique sur la chambre de nos héros donnent dès l’entrée un aperçu de l’univers intrigant et psychédélique du long métrage), atteint des sommets de loufoquerie.

Aucun relâchement dans l’écriture cependant. Si la description de l’univers est débridée, le scénario est parfaitement bien tenu et retombe toujours sur ses pieds. Cela participe largement à la réussite de ce film qui, tout en utilisant un humour allant du scatologique au soutenu, permet au spectateur de s’attacher aux personnages, qu’ils soient très musclés et pas très intelligents ou plus finauds dans le cas des protagonistes féminins qui comptent quand même quelques  perverses narcissiques ou cyniques patentées dans le lot.

Bref, on suit avec passion les aventures des protagonistes, les rôles secondaires étant aussi travaillés que les principaux, et on en sort émus et enrichis par les 90 minutes de visionnage.

Un film hautement recommandable à ceux qui veulent bien lâcher prise.

L.S.

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La critique de L. Schérer

Écrit par des primo-réalisateurs (William James et Adolfo J. Kolmerer) et porté par des acteurs presque totalement inconnus, Snowflake est un concentré de  cinéma indépendant ultra dynamique et engagé qui navigue en dehors des clous.

Ce qui fait que le film fonctionne très bien, c’est le juste équilibre que les réalisateurs ont su trouver entre humour, scènes sanglantes et dialogues ciselés. De plus le film est articulé par un scénario très logique malgré les actions complètement loufoques et inattendues vues à l’écran.

Eliana (Xenia Georgia Assenza) est une jeune fille dont les parents ont été tués et qui veut se venger de leurs assassins Tan (Erkan Acar) et Javid (Reza Brojerdi) dont les parents ont eux-mêmes péri dans un incendie provoqué par un sinistre personnage, Winter (Gedeon Burkhard), qui se dévoilera au fur et à mesure du film dans une interview. Par un procédé d’écriture inclusive, le scénariste Arend Remmers (Alexander Schubert) s’invite alors dans le film, les actions se déroulant au fur et à mesure de sa rédaction, ce qui n’est pas sans provoquer l’inquiétude et la perplexité de Tan et Javid, tombé par hasard sur une version du scénario. Cette dimension méta du film permet d’une part un effet comique dont le scénariste n’abuse pas, et d’autre part d’entamer la réflexion sur le destin, le libre arbitre et autres thèmes multiples : en effet, Snowflake est un film sur la vengeance, le destin, la puissance de la parole, en clair sur ce qui nous détermine. Ainsi, est-ce nos pulsions, nos croyances ou bien notre raison et nos valeurs qui dictent nos actes ? Est-on capable de les assumer et finalement sommes-nous capables de pardonner ?

Comme tout film explorateur de nos pulsions refoulées, qui peuvent ici s’exprimer dans un monde de non-droit. Ce long-métrage ne se dérobe pas aux images très violentes qui accompagnent les pires instincts de l’être humain. Comme le dit l’un des personnages (et visiblement le plus abject jusqu’au bout) « C’est dans la nature de l’homme de s’entretuer, celui qui en doute mourra le premier ». Mais heureusement, Snowflake montrera qu’on peut douter la véracité et de l’universalité de cette assertion. Si le film pose un état des lieux très déprimant de l’état du monde, il nous montre que des pistes de solutions sont à explorer, le scénario préalablement écrit pouvant changer à tout moment et puis qu’au final l’homme est capable de résilience et de rédemption.

Bref, malgré sa violence tarentinesque et quelques longueurs, le film est à voir,  car il a quelque chose à nous dire et le fait avec humour dans les scènes les plus sanglantes. De plus, Snowflake développe une certaine féérie proche du conte. En effet, entre un Dieu réincarné et un ange en pleine possession de ses ailes nous sommes plus du côté du merveilleux que dans « l’histoire vraie » comme s’en revendique le scénario au tout début du film.

L.S.

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La critique de Francescu

Les films traitant du thème du changement de genre sont de plus en plus nombreux, qu'ils soient des documentaires (Finding Phong, Coby) ou des films de fiction comme Girl. Ces créations artistiques sont nécessaires et témoignent d’une évolution de notre société. Ce qui différencie Océan d’autres films sur le sujet c’est que, d’une part, il traite le cas d’une personne déjà connue, et surtout que c’est un long-métrage joyeux. Pas de dramatisation ni de démarche trop descriptive, ce sont bien les bénéfices du changement de genre qui sont mis en valeur.

Le film ne dit pas que tout est facile et que le passage d’un genre à l’autre est un long fleuve tranquille. Il montre tout simplement que ce changement n’est plus une chose exceptionnelle et jamais vue, c’est avant tout un acte de la vie  normal qui peut se faire avec un certain enthousiasme.

Océane change de genre et devient Océan. Pas de sexe, mais bien de genre. En effet, le film insiste sur le fait que ce ne sont pas tant les contingences matérielles qui comptent, traitement médical, coût, accompagnement psychologique, mais le regard de l’entourage, de la famille proche, de ceux qui vous côtoient dans votre vie personnelle et sociale, ou plus largement la société entière.

Si changer de sexe est à notre époque relativement « facile » le cadre juridique et les protocoles médicaux étant en place, changer de genre c’est faire accepter à l’autre cette transformation, ce qui n’est pas évident pour tout le monde. En cela les interrogations de la mère d’Océan sont un témoignage précieux sur la difficulté pour certains des proches d’accepter ce changement.

Conçu non comme un cahier de doléances à propos d’une succession d’obstacles, mais plutôt comme une succession d’étapes d’un parcours conduisant à l’intégration de la personne autrement genrée, Océan est un témoignage souvent drôle, toujours tendre, qui montre que la relation amoureuse, que l’on soit femme ou que l’on soit homme, est à construire. Ce film nous fait ainsi partager des moments d’amitié très forts et nous  livre sans fausse pudeur des instants d’intimité où Océan est accompagné par de nombreuses amies et amis mais aussi par  ses amoureuses.

Ce que l’on a envie de retenir de la vision de ce film autour de deux années de vie d’Océane/Océan, c’est paradoxalement qu’« il n’y a pas que le sexe dans la vie ».

L.S.

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La critique de L. Schérer

Noura et ses trois enfants habitent un quartier populaire de Tunis. Dans le plus grand secret, cette mère de famille entame une procédure de divorce contre Jamel, son mari violent et récidiviste, dont elle est temporairement débarrassé tant qu’il est en prison. Malheureusement, ce dernier se voit bénéficier d’une grâce présidentielle et fait son retour au foyer, pour le bonheur des enfants et le grand drame de sa femme. En effet, Noura préparait son départ avec Lassad, l’homme qu’elle aime, mais pour lequel elle risque cinq ans d’emprisonnement pour adultère, comme le prévoit la justice tunisienne. La jeune femme se trouve alors tiraillée entre un mari de plus en plus suspicieux et un amant très insistant, et qui manque de prudence.

Avec ce premier long-métrage de fiction, la réalisatrice Hinde Boujemaa lève le tabou sur la discrimination des femmes dans la société tunisienne. En effet, même si la loi sur l’adultère prévoit la même sanction pour les hommes que pour les femmes, les plaintes émanent en grande majorité de la gente masculine, bien plus écoutée que celle du sexe opposé. En plus de ses déboires avec la police, Noura voit sa conduite dictée en permanence par des hommes, son mari, son amant, son supérieur hiérarchique… Mais pourtant un paradoxe se dessine assez rapidement : c’est bien elle qui apparaît comme la plus responsable de tous, capable de gérer l’éducation de ses enfants tout en ayant orchestré un déménagement et des démarches judiciaires. Ce qui lui “manque” c’est la cruauté et l’hypocrisie masculine, qui permettent à ses adversaires de toujours s’en sortir. Le film ne tombe cependant pas dans de la misandrie pure, puisque les personnages féminins ont aussi leurs faiblesses, comme cette collègue de travail qui vole son patron, ou Noura elle-même, que l’on aimerait parfois voir dire “non” à Lassad.

Noura rêve se construit presque comme un thriller, tant la tension y est insoutenable, notamment lorsque Jamel est libéré de prison et que sa femme tente de lui cacher sa double vie. Le suspens est d’autant plus dérangeant lorsque l’on sait qu’il s’apparente à des scènes de vie conjugale tristement banales, où la violence et les intimidations sont monnaies courantes. Ce sentiment d’assister à un film d’horreur “pour de vrai” n’est pas sans rappeler Jusqu’à la garde du français Xavier Legrand, qui, sans porter les revendications politiques de Noura rêve, décrivait sans ménagement le même rapport de force au sein d’un foyer, ainsi que l’impact qu’il peut avoir sur les enfants. Comme Léa Drucker et Denis Ménochet, deux grands acteurs locaux se sont prêtés au jeu et offrent un casting surprenant : Hend Sabri, une immense vedette tunisienne extrêmement glamour qui se présente ici sans aucun artifice, (et qui remporte pour ce rôle le prix de la meilleure interprétation féminine aux journées cinématographiques de Carthage 2019) face à Lotfi Abdelli dans le rôle de Jamel, humoriste de profession et donc lui aussi complètement à contre-emploi. La Tunisie ne s’affiche pas non plus sous son jour habituel, colorée et ensoleillée, Hinde Boujemaa préférant filmer surtout en intérieur, dans des espaces étriqués ou à la lumière terne du soir.

Déjà récompensé dans plusieurs festivals (dont au Fifib de Bordeaux où il a remporté le Grand Prix), Noura rêve dénonce habilement les travers de la société tunisienne grâce à ses personnages nuancés, autour d’un sujet très délicat qui nous laisse toujours indignés et interrogateurs.

S.D.

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La critique de L. Schérer

Jiseul est un film coréen de O Muel réalisé en 2012, grand prix du jury international au festival du film de Sundance 2013 et Cyclo d’or au cinéma du film asiatique de Vesoul la même année.

Lui-même natif de l’île de Jeju au sud de la Corée, le réalisateur cherche à rendre hommage aux insulaires massacrés par l’armée sud-coréenne en 1948 qui les accusait d’être des communistes. Certains auront tout de même réussi à s’enfuir et à se cacher, se nourrissant de pommes de terre (« Jiseul » signifie « pomme de terre » dans le dialecte de l’île de Jeju)

Pour sa troisième réalisation, qui porte sur cet événement historique, le cinéaste a fait des recherches dans les archives et les musées tout en explorant l’ile pour trouver la grotte dans laquelle ont survécu de villageois.

Jiseul est une double réussite :

D’abord il retrace par son scénario la séparation d’un peuple. Il y a clairement deux camps. Celui des militaires qui imposent la violence, et celui de ceux qui la subissent : les villageois, mais aussi des simples soldats qui doivent obéir aux ordres qu’ils jugent parfois cruels ou stupides. Le réalisateur ne veut pas faire un film de guerre classique avec des héros qui combattent pour la liberté au péril de leur vie. C’est pourquoi il ne montre pas des individus mais des groupes. Celui des paysans, solidaires la plupart du temps, en tout cas au départ, cette solidarité est mise à mal par les coups des militaires et finit presque par disparaitre avec la perte des repères sociaux et la montée de l’angoisse au sein de l’espace fermé et exigu qu’est la grotte qui leur sert de refuge. Par contre, le second groupe, celui des militaires, ne fonctionne pas ainsi. S’il est soudé c’est parce que l’ordre y règne par la violence imposée par la hiérarchie. Le film retrace donc métaphoriquement la séparation d’un peuple qui aboutira à la création des deux Corées toujours pas réunifiées à ce jour.

Mais en plus d’être un témoignage historique ce film est une réussite artistique. Avant d’être cinéaste, O Muel a fait des études de dessin et a été peintre, ce qui apparaît dans ce film dont chaque plan pourrait être un tableau. Les noirs et blancs font ressortir la profondeur des plans, les jeux de lumière nous baignent dans des clairs obscurs saisissants voire dans une quasi-obscurité synonyme de désespoir. Et le réalisateur travaille aussi le mouvement, en particulier grâce à des nappes de brouillard et à la fumée, très présente dans le film car significative de l’hommage rendu aux morts. Cette esthétique est donc au service de son sujet, l’absurdité de la guerre, encore plus celui de la guerre civile, et des dégâts qu’elle cause.

Un film beau mais dur, dont le parti pris esthétisant renforce la puissance du message, du témoignage historique et surtout de l’hommage aux morts. Un film à voir sans tarder.

L.S.

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La critique de Francescu

Levan danse depuis son plus jeune âge dans l’Ensemble National Géorgien avec son frère et sa partenaire de toujours, Mary. La pratique est très exigeante et enseignée sous l’égide d’un régime moral strict, dans lequel la différence n’a pas sa place. Ainsi, lorsque le talentueux et charmeur Irakli débarque pour prétendre à l’audition la plus prestigieuse du pays, Levan se confronte à son plus grand rival : son désir.

En juin dernier, alors que la Géorgie s’apprêtait à célébrer sa toute première Gay Pride, Amnesty révélait qu’une « milice populaire armée » créé par un homme d’affaires local avait vu le jour dans le pays, dans le but d’ « éradiquer » les personnes affiliées à la communauté LGBT +. Bien que la discrimination à caractère homophobe et ses dérivés soit interdite en Géorgie, la stigmatisation et le rejet restent très présents dans l’esprit de la population. Cela s’explique en grande partie à cause de l’Église orthodoxe qui, bien qu’en principe séparée de l’État, exerce une influence importante sur le régime politique et social du pays.

Par ailleurs la religion est très liée à la danse traditionnelle que pratique Levan dans le film. Le professeur y incarne une figure presque christique, toute puissante et vénérée par ses élèves dont l’avenir dépend de ses décisions. Il court ainsi la rumeur que Zaza, un danseur prodigue recruté au ballet national, s’est fait mettre dehors lorsque son homosexualité a été découverte, et se prostitue désormais aux portes de la ville. Cette image de l’ange déchu incarne le cauchemar de tous les camarades de Levan. Le film porte lui-même cette menace, en s’efforçant d’être joyeux (beaucoup de scènes de fêtes, de rires, de danses) tout en instaurant une tension, la peur que Levan et Irakli soient découverts. Car très vite, les deux danseurs, bien que concurrents, deviennent complices et leur amitié se transforme en désir secret.

Le réalisateur Levan Akin (suédois d’origine géorgienne) envisage souvent sa mise en scène en duel, la tradition géorgienne étant tellement contradictoire à l'insouciance de la jeunesse que le film dépeint. Ainsi, les scènes de leçons viennent s’opposer à la danse libre que les jeunes pratiquent dans les soirées ou dans la rue, et les moments de complicité qu’ils occasionnent font barrage aux tensions familiales que connaissent les deux héros. Leur désir de liberté apparaît comme un cri de rage au milieu d’une foule qui les rejette.

C’est en cela que le film, même s’il est imparfait, construit intelligemment sa réponse à ceux qui ne veulent pas comprendre. Ce qui persiste après la projection, c’est le frisson du coup de foudre plus fort encore que celui de l’intolérance. On peut dire alors qu’une partie de la bataille est gagnée.

S.D.

 

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La critique de Francescu

Signée par une jeune réalisatrice canadienne Geneviève Dulude-Decelles, Une colonie est un premier long métrage de fiction autour d’une adolescente réservée, Mylia, qui éclot à la vie en découvrant autrui. Tendre et simple, ce film est un récit d’apprentissage qui pose des questions essentielles sur les relations familiales et sociales.

Mylia (Émilie Bierre) est une jeune adolescente de 12 ans dont les parents ne s’entendent plus et qui commence sa première année de collège. Beaucoup de choses changent dans sa vie alors qu’elle doit à prendre le car et quitter l’école dans laquelle étudie encore sa jeune sœur Camille, (Irlande Côté). Elle doit ainsi acquérir de nouveaux repères avec des élèves inconnus et souvent plus grands et plus assurés qu’elle. Elle rencontre alors Jacinthe (Cassandra Gosselin-Pelletier) une redoublante, tout à son opposée, fashion victime et exubérante qui la pousse à « s’émanciper » en lui proposant de l’alcool lors d’une fête et en l’incitant à fréquenter des garçons. Mais Mylia semble plutôt attirée par Jimmy (Jacob Whiteduck-Lavoie) un jeune indien qui habite avec sa grand-mère dans une réserve près de chez elle avec qui elle partage des sentiments de marginalité car elle avait elle-même été rejetée par ses camarades lorsqu’elle était à l’école.

Porté par la parfaite interprétation de la  jeune comédienne de 14 ans (Émilie Bierre, récompensée pour ce rôle par le « césar » canadien de la meilleure actrice), ce film expose avec beaucoup de réussite ce moment de la vie où l’on se sent maladroit et nulle part à sa place. Un mal-être vécu aussi bien dans la sphère familiale avec les disputes des parents et la nécessité de s’éloigner de sa petite sœur, qu’au collège où notre héroïne connait des problèmes d’intégration. Enfin, Mylia a des difficultés de communication dans sa relation avec son ami Jimmy malgré son envie de rester auprès de lui. Observatrice, elle n’en est pas moins timide, entrave supplémentaire pour l’apprentissage des codes sociaux, une tache qu’elle doit surmonter pour passer de l’enfance à l’adolescence.

Bref, ce premier film, déjà multi primé, est une belle réussite à voir en famille.

L.S.

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La critique de L. Schérer

Voir le film sur La Cinetek : Lien

Avant d’être un film réalisé par l’ancien marionnettiste Frank Oz qui fut longtemps le partenaire de Jim Henson, La Petite Boutique des horreurs était une petite série B horrifique des années 60 tournée par Roger Corman en moins de deux jours, qui mettait en scène dans un rôle secondaire le tout jeune Jack Nicholson. Au cours des années 80, Geffen, le célèbre producteur à l’origine de comédie musicale The Cats, décide de porter cette histoire sur les planches de Broadway. Il choisit alors Alan Menken pour la musique et Howard Ashman en tant que parolier. Suite au succès sur les planches de La Petite Boutique des horreurs, ce duo sera engagé par un Disney en pleine reconquête et obtiendra 8 oscars pour ses chansons sur des films comme La petite sirène ou Aladdin.

La Petite Boutique des horreurs de Frank Oz raconte comment un végétal d’origine extraterrestre qui ressemble à une grosse plante carnivore boursouflée va manipuler un jeune candide pour récupérer des cadavres dont elle se repait avec délice.

La Petite Boutique des horreurs est une comédie musicale pour toute la famille malgré certains aspects horrifiques de son récit comme ces humains dévorés par une plante carnivore ou son personnage de dentiste sadique. En effet, le film ne montre jamais de sang et ressemble surtout à un cartoon à la Tom et Jerry entrecoupé de séquences chantées.

Avec comme vedette une plante carnivore en animatronique ayant nécessité pas loin de 60 techniciens, on comprend aisément le choix de Frank Oz comme metteur en scène. En effet, cet ancien marionnettiste émérite qui avait donné vie à Yoda et coréalisé Dark Crystal, arrive à insuffler comme personne de la vie à ses marionnettes. Malgré ses tiges en latex ou ses dents en caoutchouc, la plante semble autrement vivante que nos images de synthèse actuelles quand elle chante ou se met en mouvement. Son design ne cherche jamais le réalisme et correspond parfaitement au genre de la comédie musicale où l’artificialité est roi. Le film est un vrai régal d’un point esthétique avec ses fonds peints. En privilégiant des décors stylisés, nous avons ici vraiment un hommage aux canons du genre où la plupart des scènes étaient filmées en studio.

Cet aspect théâtral du film est renforcé par la présence d’un choeur comme dans la tragédie grecque qui vient plusieurs fois commenter ou narrer les évènements du film. Un choeur soul à la Motown au service d’un BO qui alterne le funk, la soul et le rock à la Chuck Berry.  La Petite Boutique des horreurs propose à l’écran un concentré de culture populaire des années 50 et 60 qui s’avère très divertissant à l’image de la fin alternative du director’s cut où les plantes carnivores agissent comme dans les films de monstres géants des drive in.

Le film est porté par un excellent casting aussi bien dans les rôles principaux que secondaires. Au premier plan, Rick Moranis excelle en personnage attendrissant et timide. À ses côtés, nous avons le droit à un défilé de seconds rôles prestigieux venant de la comédie américaine. Nous avons ainsi un Steve Martin absolument génial en dentiste sadique. Le film doit être vu rien que pour ses scènes dans son cabinet dentaire avec un Bill Murray parfait en patient masochiste. Enfin, La Petite Boutique des horreurs nous permet de revoir John Candy apparu dans Splash et Blues brothers ainsi que dans Un ticket pour deux ou Rasta Rockett.

Avec La Petite Boutique des horreurs , Oz signe l’un de ses meilleurs films. Il démontre ici un vrai savoir-faire de réalisateur à travers un dosage assez subtil entre scènes comiques et séquences chantées qu’il chorégraphie parfaitement.  Le film est à découvrir dans son director's cut  qui propose une fin alternative extrêmement touchante. Si vous aimez un tant soit peu les films où ca chante et si vous êtes amateur de comédies, ce film est à voir en VOD sur le site de la Cinetek.

Mad Will

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La critique de L. Schérer

Zibilla, une petite zèbre orpheline, est adoptée par un couple de chevaux. Le jour de son entrée à l’école, elle doit faire face aux railleries de ses camarades qui se moquent de sa différence : elle est rayée.

Le message est clair puisqu’il s’agit de montrer que chaque être a droit au respect, peu importe son aspect. Cependant, le discours n’est jamais appuyé et  les choses se font « naturellement » dans le film. Enfin, malgré le fait que nous sommes en présence d’animaux, l’atmosphère de la  classe de Zibilla est particulièrement bien rendue en quelques plans, et semble tout à fait rendre compte d’une classe que nous pourrions trouver dans n’importe quelle école de France.  Par ailleurs, et sans en avoir l’air, la réalisatrice évoque d’une façon touchante le sort des animaux des cirques. Un joli travail de sensibilisation.

C’est aussi le scénario très original qui a soulevé mon enthousiasme. En effet, rien n’est prévisible, l’histoire retombe sur ses pieds sans que l’on ait anticipé le chemin pris par la réalisatrice pour y parvenir. Cela participe à un vrai suspens qui capte l’attention du spectateur. De plus, l’histoire est drôle, et l’on prend beaucoup de plaisir à la regarder.

Subtil, drôle, et passionnant Zibilla mérite qu’on entraine sa progéniture au cinéma.

L.S.

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La critique de L. Schérer

Zibilla ou la vie Zébrée est un programme de trois courts métrages d’animation pour le jeune public. Si les deux premiers segments ne déméritent pas, je m’attacherai au troisième, le plus long, qui donne le titre au programme et que je trouve excellent.

Zibilla, une petite zèbre orpheline, est adoptée par un couple de chevaux. Le jour de son entrée à l’école, elle doit faire face aux railleries de ses camarades qui se moquent de sa différence : elle est rayée.

Le message est clair puisqu’il s’agit de montrer que chaque être a droit au respect, peu importe son aspect. Cependant, le discours n’est jamais appuyé et  les choses se font « naturellement » dans le film. Enfin, malgré le fait que nous sommes en présence d’animaux, l’atmosphère de la  classe de Zibilla est particulièrement bien rendue en quelques plans, et semble tout à fait rendre compte d’une classe que nous pourrions trouver dans n’importe quelle école de France.  Par ailleurs, et sans en avoir l’air, la réalisatrice évoque d’une façon touchante le sort des animaux des cirques. Un joli travail de sensibilisation.

C’est aussi le scénario très original qui a soulevé mon enthousiasme. En effet, rien n’est prévisible, l’histoire retombe sur ses pieds sans que l’on ait anticipé le chemin pris par la réalisatrice pour y parvenir. Cela participe à un vrai suspens qui capte l’attention du spectateur. De plus, l’histoire est drôle, et l’on prend beaucoup de plaisir à la regarder.

Subtil, drôle, et passionnant Zibilla mérite qu’on entraine sa progéniture au cinéma.

L.S.

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