Rentrant chez lui après une journée de travail, Jung-Soo « de Kia Motors » emprunte un tunnel flambant neuf construit à l’intérieur d’une montagne pour multiplier les accès rapides à la capitale. Alors qu’il n’est qu’à mi-trajet, le tunnel s’effondre. Rescapé mais inaccessible aux secours, il tente de survivre le plus longtemps possible en attendant que la meilleure équipe de sauveteurs du pays trouve une solution pour l’atteindre.

   Après un premier long-métrage bousculant les conventions du thriller, Hard day, l’anti-conformiste Kim Seong-hun revient avec un film catastrophe très personnel. À rebours de « la débauche de moyens et la dramaturgie artificielle » des films de genre hollywoodiens - construits de façon à mettre en exergue l’héroïsme du personnage principal prêt à se sacrifier pour sauver ses proches ou le maximum de ses concitoyens, le réalisateur a sciemment choisi d’adapter un roman mettant en scène un individu sinistré de façon totalement isolée. Dans Tunnel, il alterne donc les séquences dans lesquelles l’homme coincé dans l’habitacle de sa voiture sous terre rationalise ses ressources et sa communication avec l’extérieur pour tenter de survivre le plus longtemps possible, et celles en immersion avec les équipes de secours déployant toute leur énergie (et leur incompétence) pour le secourir rapidement.

   Dès le début à travers de menus détails, puis de façon plus saillante à partir de la moitié du film, lorsque le sauvetage se prolonge et que les questions comptables deviennent de plus en plus envahissantes, Kim Seong-hun n’a de cesse d’interroger la place de l’humain dans une société obsédée par la rentabilité financière. Cette critique sociale sous-jacente, appuyée par une sévère mise en évidence du rôle hypocrite des média est doublée d’une satire des limites du développement à marche forcée de la Corée du Sud. Calquant son modèle économique sur celui du Japon, le tigre asiatique a en effet tenté de rattraper le géant nippon en privilégiant la vitesse et les économies budgétaires au détriment de la sécurité. Sous couvert de son film catastrophe, le réalisateur dénonce donc les errances d’une gestion inhumaine des ressources d’un pays ayant réussi à se hisser en tête du sinistre podium des pays de l’OCDE où l’on meurt le plus d’accident. En abordant frontalement les funestes conséquences d’une course au profit effectuée au mépris du principe de précaution, Tunnel dépasse le cadre de la société sud-coréenne et atteint une portée humaniste universelle.

L.S.

Retrouvez l'interview par Laurent Schérer du réalisateur Kim Seong-hun de Tunnel.