Depuis ses débuts dans le 7ème art, Clint Eastwood est une équation impossible à résoudre pour le critique français bien-pensant. En effet, le réalisateur a signé des films humanistes tels que Honkytonk Man ou Minuit dans le jardin du bien et du mal où il militait pour une société ouverte à tous, tout en proposant parfois dans la même année des longs-métrages beaucoup plus belliqueux et conservateurs comme Firefox, l'arme absolue ou Le Maitre de guerre .

Il ne faut pas voir Clint Eastwood comme un simple homme de droite militant pour une économie toute puissante et mondialisée à la Macron. Le héros du Bon, la Brute et le Truand est surtout un libertarien qui ne croit pas à la politique pour résoudre les problèmes de ce monde. À l’instar des créateurs de South Park également libertariens plus ou moins déclarés, il a conscience des inégalités et milite pour que chacun puisse trouver sa place. Il n’a ainsi pas particulièrement d’admiration ou de respect pour les plus nantis et préfère mettre en scène les prolétaires. Selon lui, la société doit être construite à l'échelle des hommes et selon les règles morales des pères fondateurs. Une vision naïve, mais pas forcement manichéenne du monde de la part du réalisateur de Lettres d'Iwo Jima qui a pris de gros risques financiers en mettant en scène le point de vue japonais sur la Seconde Guerre mondiale alors que les studios ne voulaient pas produire un film qu’ils considéraient comme pro-nippon.

On retrouve dans ce film ce que l’on préfère chez le réalisateur : son humanisme. Eastwood ne nous dissimule pas les limites intellectuelles de son héros dont la vision de l’ordre frise le ridicule lorsqu’il doit surveiller des étudiants. Pour autant, on sent le respect de Clint pour ce personnage inspiré d’une histoire vraie, qui a découvert une bombe, car il faisait son boulot d’agent de la sécurité du mieux possible. Que ce soit la mère de Richard ou son avocat, ils ne sont pas parfaits, mais ce sont des gens biens qui essayent de survivre dans un monde difficile sans vouloir forcément détruire l’autre. Cinéaste classique, Eastwood n’est jamais meilleur que lorsqu’il met en lumière cette Amérique oubliée, conspuée et moquée qui pense que la vie peut être aussi belle aux USA que dans un film de Capra.

La naïveté de Richard Jewell va devenir un crime aux yeux des puissants. Eastwood va alors nous offrir un réquisitoire contre le FBI et la presse qui vont agir comme une meute car ils ont trouvé à leurs yeux un coupable idéal. Certaines voix surtout aux USA se sont élevés contre Le Cas Richard Jewell , qu’ils ont considéré comme "trumpien", car antisystème du fait qu’il critiquait la presse et la police fédérale. Un avis que je ne partage pas, car il me semble trop superficiel. Eastwood signe avant tout un film moral. En effet, les seuls personnages qui agissent pour le bien de la société semblent trouver grâce à ses yeux. Le réalisateur croit aux vertus morales des pères fondateurs. Selon moi, il critique avant tout une société américaine qui oublie ces héros du quotidien au profit de puissants souvent immoraux qui savent jouer avec les médias comme l’actuel locataire de la Maison-Blanche (même s'il l'a soutenu).

Comme toujours chez Eastwood, nous avons le droit à une leçon de mise en scène. Avec son découpage d’une efficacité redoutable, il va toujours à l’essentiel grâce à une réalisation épurée qui ne compte aucune faute de goût car elle évite toute fioriture. Quant à sa direction d’acteur, il arrive à tirer le meilleur de tous ses comédiens. Dans le rôle principal, Paul Walter Hauser est époustouflant. Il joue avec beaucoup de finesse un personnage qui aurait pu s’avérer caricatural avec un comédien moins doué. À ses côtés, Kathy Bates retrouve un rôle à la hauteur de celui de Misery en mère envahissante et détruite par le rouleau compresseur juridique. Quand à Sam Rockwell, il montre une nouvelle fois encore qu’il est un grand acteur, après des films comme 3 Billboards ou Jojo Rabbit . Il est parfait dans le rôle d’un avocat qui ouvre les yeux à Richard sur l’Amérique actuelle où la classe dirigeante est loin de correspondre aux idéaux du personnage principal.

Le Cas Richard Jewell est un grand film. On peut ne pas être d’accord avec Eastwood et sa vision du monde, mais ses réalisations sont essentielles pour comprendre la psychologie d'un pays qui a été capable de voter pour un président noir, pour ensuite élire un milliardaire populiste et fou furieux.

Mad Will