Si vous appréciez comme moi les aventures à l’ancienne, les voyages en ballon à la Jules Verne avec des héros sans peur et sans reproche, le film L'Île sur le toit du monde produit par Disney dans les années 70 est fait pour vous. Cette adaptation du roman The Lost Ones de Ian Cameron a été évoquée par la firme aux grandes oreilles dès 1968. Son tournage et la mise en place des effets spéciaux nécessiteront tout de même deux années avant que le film arrive sur les écrans en décembre 1974. Comme d’habitude pour les réalisations Disney que j’apprécie à l’image du Trou Noir et du vénéneux La foire des ténèbres, L'Île sur le toit du monde sera un échec au box-office malgré une importante campagne marketing. Depuis ce long-métrage a été oublié par le grand public et les cadres supérieurs de Walt Disney dont la culture se limite à leurs études de commerce. Néanmoins, il reste une trace visible de cette réalisation dans le parc d'attractions parisien avec le Café Hypérion qui porte le nom du dirigeable du film.

Mais au fait que raconte le film ?

En 1907, une équipe d'aventuriers menée et financée par Sir Anthony Ross part à la découverte d'une île non répertoriée dans le grand nord polaire. Pour sir Antony Ross, le but de cette expédition est de retrouver son fils disparu lors d'une précédente expédition. Pour cela, ils vont utiliser l'Hyperion, un ballon dirigeable conçu par le capitaine Brieux. En atteignant l'île perdue, ils découvrent des vallées verdoyantes en raison du volcanisme et une colonie viking vivant en autarcie depuis des siècles

L'Île sur le toit du monde est un divertissement qui commence sur les chapeaux de roues. Pas de palabre inutile, de flasback et autres effets de manche narratif pour légitimer les actions des personnages. En moins de dix minutes, nous sommes montés dans le dirigeable du capitaine Brieux et nous partons pour le pôle Nord à la recherche d'une île légendaire où viennent mourir les cétacés. Et je peux vous dire que le voyage est plaisant avec à l'écran de magnifques espadons qui regardent nos héros changer une hélice en plein vol. On soulignera néanmoins une faute de goût de la part de l'équipe créative qui a choisi un immonde caniche blanc comme compagnon à 4 pattes de nos héros  ! Si j’ai des réserves concernant le choix du canidé dans le film, le reste du casting est plutôt bon. Ainsi Donald Sinden, acteur solide venant d’Angleterre, est plutôt à l'aise dans le rôle d'un aristocrate anglais à la recherche de son fils perdu dans l'Arctique. Il apporte ainsi pas mal de profondeur à son personnage qu'il arrive à l‘humaniser grâce à son regard qui devient de moins en moins sévère à mesure que le film se déroule. À ses côtés, nous retrouvons un acteur de série télé David Hartman, qui est assez convaincant en archéologue spécialiste des civilisations nordiques. Dans son jeu, il rappelle parfois l’interprétation de Tom Baker dans Doctor Who. Enfin nous retrouvons, avec l’accent français dans la version originale, Jacques Marin en capitaine de dirigeable. Pendant plus de 20 ans, cet acteur aura été un solide second du cinéma hexagonal et américain dans des longs-métrages comme Charade ou Le cave se rebiffe. Le jeu plein de gouaille de Marin apporte ainsi beaucoup d’humanité au personnage.

Le film a le mérite de proposer les personnages moins manichéens et niais que dans la plupart des productions Disney.  Ainsi, le lord anglais  Sir Anthony Ross n’est pas présenté comme un héros lorsqu’il kidnappe un Esquimau apeuré ou manipule ses compagnons dans la première partie du film. De plus, datant des années 70 à une époque où la firme Disney était considérée comme conservatrice, L'Île sur le toit du monde nous donne à voir un personnage féminin volontaire et plutôt bien écrit. Interprétée par la ravissante Agneta Eckemyr, nous avons plaisir à suivre cette jeune femme vivant parmi les Vikings qui sauvera ainsi plusieurs fois la vie de nos héros.

Quel bonheur de se laisser porter par ce spectacle multipliant les péripéties surtout lorsque L'Île sur le toit du monde prend la forme d’une course-poursuite après la découverte du village viking. Les immenses décors de studios avec des fonds peints fourmillent alors de couleurs grâce au Technicolor. Même si les effets spéciaux sentent bon le carton-pâte, nous avons l’impression d’être plongés dans les illustrations chatoyantes des romans de notre enfance. Nous avons ici à faire à une conception du cinéma où l’on ne recherche pas le réalisme. L’environnement visuel est l’oeuvre d’artistes et non le résultat de savants calculs de la part de techniciens cachés derrière leur PC.


Tout n’est cependant parfait dans ce film qui nous offre une caricature peu flatteuse du peuple esquimau. De la même manière, les effets de transparence sont visibles, mais j’ai vraiment pris beaucoup de plaisir à voir ce film qui m’a rappelé l’époque où je dévorais des Bibliothèques Vertes en rêvant à des voyages fantastiques en ballon. Un Disney méconnu, à voir et à revoir.

Mad Will