Kiyoshi Kurosawa, avec son dernier long métrage Au bout du monde , s'éloigne du genre fantastique auquel il nous a habitué et semble nous présenter une réalisation à part de sa filmographie. Pourtant cette œuvre est peut-être celle qui le résume au mieux.

La critique :

Avec Au bout du monde , le prolifique cinéaste japonais Kiyoshi Kurosawa s’éloigne du genre fantastique dont il avait fait sa spécialité (Kaïro, Creepy , Invasion ...) et propose un film original, focalisé sur le point de vue d’un seul personnage qui apparaît dans tous les plans. Cette héroïne est Yoko (Atsuko Maeda, pour sa troisième collaboration avec Kurosawa après Seventh Code et Avant que nous disparaissions ) une animatrice d’une émission télévisée populaire de voyage dans laquelle elle découvre face caméra les traditions et le folklore d’un pays exotique. Un comble pour cette jeune et frêle japonaise qui semble hermétique à tout ce qui lui est inconnu.

Ainsi, lors de son expédition en Ouzbékistan, Yoko répond aux ordres de la production en offrant son plus grand sourire lorsqu’elle déguste un plat local qu’elle n’aime pas ou qu’elle passe des heures avec un pêcheur un peu rustre espérant trouver dans les eaux du lac Aydar un poisson légendaire et mystérieux. Quand elle n’est pas avec son équipe de tournage, la reporter n’est pas beaucoup plus aventurière et avance terrorisée, tête baissée, dans les rues et les marchés agités de la ville. Comme la Scarlett Johansson de Lost in translation , Yoko fait face à la barrière de la langue et du grand écart des cultures, ainsi qu’à un grand sentiment de solitude, étant la seule femme au milieu d’une bande de garçons autoritaires. Mais à l’inverse de l'Américaine de Sofia Coppola, Yoko n’exprime aucune fascination pour le monde extérieur, et sa peur peut parfois se confondre avec du mépris. Pourtant, au fil des discussions et des mésaventures, ce personnage plutôt antipathique se révèle bien plus sensible qu’il en avait l’air et son hermétisme laisse transparaître une grande fragilité. Yoko a un rêve secret, un talent caché qui, lorsqu’il se libère, est irradiant.

Si Au bout du monde semblait être une déviation dans la carrière de son réalisateur, il est étonnant de constater qu’il pourrait être au contraire son œuvre le résumant au mieux. Il contient en effet toute l’étrangeté et l’ambiance pesante de ses histoires de fantômes, et retranscrit sa thématique de prédilection, celle du rapport à l’autre dans la réalité d’un voyage en terre inconnue. À travers le personnage de Temur, l’Ouzbek interprète, le film se dote même d’une petite leçon de politique, invitant ses homologues japonais à s’ouvrir sur le monde : « il est impossible de se connaître si l’on ne se parle pas » lâche t-il en conclusion d’une situation pénible qui aurait pu être évitée si Yoko avait daigné parler avec la police. Cette morale un peu sirupeuse n’est finalement pas si vaine. La scène finale façon comédie musicale le confirme : rien n’est trop beau pour être vrai.

S.D.

La bande annonce :