Film sibyllin qui plonge dans l'inconscient d'une psychanalyste, Sibyl est notre film de la semaine. Une histoire qui mélange la vie familiale de Sibyl, celles de ses patients et celle des personnages de fiction du roman qu'elle est en train d'écrire. On s'y perd comme dans une analyse, comme dans un nouveau roman ou comme dans un délire alcoolique. Au spectateur de choisir son interprétation et de trier le vrai du faux. Une chose est vraie, en tout cas, la superbe interprétation de Virginie Efira.

La critique :

Nous avions laissé Justine Triet en 2016 avec Victoria, nous la retrouvons aujourd’hui en grande pompe, dans la course officielle de la 72ème palme d’or. Elle apparaît de nouveau au bras de Virginie Efira, renommée Sibyl, en grande discussion avec son éditeur dans un restaurant de sushis sur rails, où les plats défilent sous le nez de l’écrivaine impuissante, soufflée par le discours peu encourageant de son interlocuteur. Psychanalyste au passé chaotique, Sibyl a décidé de s’éloigner de la plupart de ses patients pour se consacrer de nouveau à sa passion première, l’écriture.

Alors qu’elle traverse l’éternelle étape de la page blanche, elle reçoit un appel désespéré de Margot (Adèle Exarchopoulos), jeune actrice enceinte de son partenaire à l’écran, un acteur célèbre qui s’avère également être le fiancé de la réalisatrice du film. Sibyl jubile : l’histoire de son futur roman est en train de s’écrire sous ses yeux. Sibyl transgresse alors les limites de sa profession, infiltrant la vie privée de sa patiente en devenant sa coach à plein temps. Elle accepte même de l’accompagner sur le tournage de son film à Stromboli pour y rencontrer le fameux amant (Gaspard Ulliel) et la réalisatrice doublement trompée (Sandra Hüller, de Toni Erdmann). L’île sacrée de Rossellini devient le théâtre d’événements hautement dramatiques, et Justine Triet amenant ses acteurs -en totale éruption- au sommet de leur capacités.

Troisième long métrage de Justine Triet, Sibyl en est incontestablement son plus maîtrisé, où chaque micro particule scénaristique est justifiée, où la structure narrative, pourtant ambitieuse, retombe toujours sur ses pattes. Au fur et à mesure que Sibyl se reconnaît dans les déboires sentimentaux de sa patiente à l’écran, le film dresse un portrait en creux de son héroïne, dont le passé se dessine en flash-back. Le film ressemble ainsi à la mémoire fragmentée d’une femme qui souffre, fait d’éclats nostalgiques amoureux avec Niels Schneider, et de disputes familiales avec Laure Calamy. A l’inverse des scènes rejouées à l’infini que le cinéma autorise (ici la scène de gifle à Stromboli), les choix de Sibyl ne peuvent se permettre qu’une seule prise, éternellement ravivée, sous les traits d’une petite fille que Sibyl eut jadis de l’homme qu’elle aimait tant, et dont le souvenir demeure dans cet enfant qui lui ressemble. Dans ce rôle complètement exalté, Virginie Efira confirme son génie d’actrice et de femme de son temps, belle et moderne.

Se délaissant de l’aspect documentaire qui trônait dans ses débuts au cinéma, en privilégiant notamment les scènes en temps réel (cf. les disputes dans La Bataille de Solférino), Justine Triet est montée d’un cran, d’une grande marche rouge dans la dramaturgie, saisissant ce que la magie de la fiction sait offrir : écrire, inventer, mettre en scène, pour s’approcher au plus près de l’émotion universelle.

S.D.

La bande annonce :