Autre actualité 15 février 2018

Retour sur : SIMETIERRE

Louis Creed emménage avec sa femme et ses deux enfants dans leur nouvelle maison située près d’une nationale très fréquentée. Et pour cause un cimetière d’animaux a fleuri afin d’accueillir les victimes du trafic incessant.

Mais on dit aussi qu’un ancien cimetière indien jouxte la route, et qu’il aurait le pouvoir de faire revenir les morts à la vie.

 

Simetierre est un grand film qui retranscrit parfaitement l’ambiance dark et poisseuse de ce qui constitue l’un des meilleurs romans de l’écrivain du Maine. Une œuvre d’une profonde noirceur sur la mort et sur les croyances qui l’entourent et qui a beaucoup marqué King. Il confesse volontiers que c’est l’un des livres les plus éprouvants qu’il ait eu à écrire car à l’instar de Shining il s’est inspiré de sa propre expérience.

Produit pas Richard Rubinstein qui travaillera beaucoup avec King, le film devait initialement être confié à Romero puis à Savini avant de revenir à Mary Lambert. Un coup de poker pour l’époque car elle n'est alors connue que pour ses clips. On a beaucoup écrit sur l’implication de Stephen King dans ce film et certains considèrent encore que son travail a été au-delà de l’écriture. Il est vrai que Mary Lambert n’arrivera jamais à réitérer l’exploit, Simetierre 2 en est l’exemple le plus marquant.

Dans sa préface de Les Montagnes hallucinées de Lovecraft, David Camus explique que dans l’œuvre de ce père de la littérature d’horreur, l’humain est l’agent de sa propre destruction car il ne tient pas compte des mises en garde. Le plus terrible n’est pas que le monstre existe mais que le sachant je vais quand même aller le voir. Lovecraft met en scène des témoins, des "héros sans héroïsme" souvent caractérisés par une certaine incapacité à empêcher ce qui arrive. Or, l’une des grandes forces de Simetierre réside justement dans l’inéluctabilité des choses et dans cette impuissance qui frappe le spectateur, incapable d'empêcher ce qu’il a pourtant compris dès les 15 premières minutes.

Et lorsque le plan macabre se déroule impitoyablement sous nos yeux, on se pose quand même la question : dans la même situation que Louis, aurions-nous pu/su résister à l’appel du cimetière Mic-Mac ? Si on nous donnait la possibilité de ramener un proche à la vie, serions-nous assez forts pour lutter contre l’envie de le revoir une dernière fois et de faire de la mort une simple étape du voyage ? Et on comprend Louis Reed qui, ravagé par la mort de son fils, cède aux sirènes et fait revenir à la vie son enfant.

Bien sûr rien n’est plus comme avant et nous voilà paralysés en regardant Creed s’enchainer lui-même et créer son propre enfer sur Terre en le peuplant de ses proches.

Dans son final le film bouscule les codes notamment grâce à de solides effets visuels qui font de la dernière partie un véritable cauchemar ! Le projet a refroidi plus d’un studio puisqu’il leur paraissait difficile de vendre une histoire aussi sombre, dans laquelle un père de famille finit par affronter son fils de deux ans, zombie revenu d’entre les morts... Cinématographiquement, cette image du gamin avec le scalpel chassant pour le plaisir reste un souvenir encore vivace. Le film assume donc l'adaptation et on remercie King de ne pas avoir édulcoré son œuvre.

Une radicalité qui contribue au statut culte du film. Au-delà de la réalisation impeccable de Mary Lambert, Simetierre repousse les limites morales de ce que l’on a l’habitude de voir en jouant avec le caractère sacré de la mort. Mais le box-office donnera raison à King, puisque Simetierre est une incontestable réussite et reste pour un film de la fin des années 80, donc une période ou le genre a perdu de sa substance phagocytée par la comédie (un retour de bâton causé par l’excellent Evil Dead 2), une œuvre adulte et viscérale, empreinte d’une poésie macabre où le désespoir imprègne la pellicule et laisse planer l’ombre tutélaire du Lucio Fulci de Frayeurs.

T.K.

 

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