La région sauvage est un grand film fantastique, qui traite la sexualité à travers des images que n’auraient pas reniées Cronenberg. Cette œuvre charnelle rappelle aussi beaucoup le cinéma de Andrzej Żuławski  et plus particulièrement son Possession qui mettait en scène Adjani et Sam Neil.

Cette comparaison n’est pas fortuite, car La région sauvage à l’instar de Possession mixe le cinéma d’auteur et l’épouvante pour nous livrer un film audacieux usant de la métaphore pour mieux exprimer les affres du désir.  De la même manière, le film emploie les codes du manga Hentai (oeuvres animées érotiques voir pornographiques au Japon) avec une créature tentaculaire copulant avec des êtres humains.

La région sauvage est donc une œuvre qui ne peut qu’interpeller le spectateur nous rappelant le but primaire de l’art qui est de nous faire réagir.

La critique :

Fabian (Eden Villaviciendo), infirmier solitaire, se lie d’amitié avec Veronica (Simone Bucio), jeune fille directe et dévergondée dont il a soigné les étranges blessures. Au lieu de lui faire des avances pour elle-même, elle lui propose de lui présenter le partenaire très particulier qui a transcendé son expérience de la sexualité. Pour ce faire, elle l’entraîne dans une cabane perdue au milieu d’une forêt, où séjourne une créature extra-terrestre qui grâce à ses tentacules aux terminaisons buccomorphes provoque un abandon et une jouissance incomparables.

Originaire d’une région conservatrice du Mexique, Amat Escalante ne cesse de s’interroger sur les origines de la violence qui y a cours. Scandalisé par des articles vilipendant pour leur sexualité des victimes de faits divers, il s’intéresse plus particulièrement dans La région sauvage (lion d’argent du meilleur réalisateur l’an dernier à la Mostra de Venise) à la violence entre partenaires sexuels. Il y filme d’abord le désir tel qu’il est majoritairement vécu dans une société à la fois obsédée par le sexe et honteuse de ses pulsions à force de sacrifier au culte du moi rationnel : comme une addiction coupable qui mène au mépris de soi et de l’autre. Grâce à l’incursion du fantastique, il offre ensuite à ses personnages l’occasion de découvrir une sexualité dénuée de culpabilité, vécue comme une expérience belle et pure, à travers la rencontre avec la mystérieuse créature. Il déploie alors, en opposition à son univers naturaliste habituel, un univers sylvestre, onirique, qui n’est pas sans évoquer l’atmosphère envoûtante d’Under the skin. Pour modéliser la cruciale créature, Amat Escalante peut compter sur le talent de Peter Hjorth, responsable des effets spéciaux des derniers films de Lars von Trier. Le résultat est si sensuel qu’on ne s’étonnerait pas d’entendre l’un des personnages lui susurrer : « Remplis tous mes trous ».

Par le contraste entre ces deux univers, le réalisateur mexicain montre que c’est la dissociation qu’opèrent les hommes entre une partie noble et une partie maudite d’eux-mêmes qui les mène à rejeter avec violence, ou simplement placardiser, l’objet de leur désir.

F.L.