Sélectionné à Cannes en 2016 dans la catégorie Un certain regard, Après la tempête réalisé par Kore-eda, est notre DVD de la semaine ! Après Tel père, tel fils et Notre petite sœur , le réalisateur japonais façonne et livre un de ces beaux récits humains dont il a le secret. Dans la lignée des grands maitres comme Ozu ou Naruse, Kore-Eda dessine habilement de très beaux personnages singuliers qui résonne pourtant universellement.

La critique

La facétieuse grand-mère (Kiki Kilin) du petit Shingo (Yoshizawa Taiyo) a une devise qu’elle applique aussi bien à ses petits plats qu’aux êtres humains : « Il faut laisser refroidir une nuit pour que le goût infuse ». Au prétexte qu’un typhon se profile, elle s’arrange pour réunir chez elle le temps d’une nuit les deux parents séparés de Shingo (Abe Hiroshi & Maki Yoko) qu’elle espère voir se rabibocher.

« N’est-ce pas l’inutile qui rend ce monde aimable ? », questionnait Ozu dans Bonjour. C’est aussi une thématique centrale de ce nouveau cru de Kore-Eda (Nobody knows, Still walking, Tel père, tel fils…), dont le protagoniste, Ryota, est un père qui, se targuant d’être écrivain, est jugé improductif par un entourage à l’esprit bien plus terre à terre. Détective privé pour mettre du beurre dans les épinards, notre artiste dans l’âme a une vue imprenable sur la mesquinerie ordinaire de son prochain, et préfère rêver à un destin plus noble que de s’avouer qu’il n’est lui-même qu’un adulte ayant renoncé à ses ambitions d’enfant. Avec un regard ironique mais jamais acerbe, le réalisateur croque tous ces hommes se complaisant dans la procrastination à laquelle ils trouvent toujours, grâce au langage, des prétextes fallacieux qui leur permettent de garder la face à leurs propres yeux. En confrontant Ryota à son fils, Kore-Eda oblige son personnage à reconnaître les limites de ses mensonges, qui ne lui sont d’aucun recours dans la relation pédagogique où il lui importe de transmettre, outre ses tares ataviques, quelques qualités. A travers le personnage-vigie de la grand-mère, qui a pu observer les hommes assez longtemps pour dégager des lois du comportement humain et comprendre le sens profond des dictons populaires, la digne relève d’Ozu élève enfin sa petite histoire de famille au niveau de la fable existentielle. Face à ses personnages qui s’accrochent à ce qu’ils auraient aimé être ou jalousent le futur de ceux qui les quittent, il invite à renoncer à « fomenter des rêves inaccessibles » et à « accepter de devenir le passé de quelqu’un » pour pouvoir enfin vivre au présent et continuer à avancer.

F.L.

La bande-annonce