Cette semaine, nous avons sélectionné comme film de la semaine : Brooklyn Yiddish.

Joshua Z Weinstein nous propose ici une plongée passionnante dans la communauté hassidique de New York. Directeur de la photographie sur de nombreux documentaires, il signe avec cette première œuvre de fiction un film tendre et une réflexion pertinente sur la difficulté à vivre au sein d'une communauté.

Retrouvez ci-dessous la critique du film écrit à 4 mains par Mad Will et Florine ainsi que la vidéo de la conférence de presse captée à Deauville où Joshua Z Weinstein venait présenter le film.

La critique

Lorsque Menashe (Menashe Lustig) perd sa femme, qui s’occupait de toutes les choses pratiques à sa place, il se retrouve seul face à son impuissance. Mais, parce qu’il est Juif hassidique, sa communauté lui impose un nouveau cadre. Selon ses règles, s’il veut conserver la garde de son fils (Ruben Nyborg), il doit impérativement se remarier, ce dont il n’a pas du tout envie. Profondément attaché à son fils, dernier élément structurant sa vie et auquel il s’accroche donc désespérément, il va essayer de se plier aux règles de la communauté.

Joshua Z Weinstein, chef opérateur sur de nombreux documentaires, s’est d’abord immergé dans la communauté hassidique de New York, dont il était curieux. C’est là qu’il a rencontré Menashe qui l’a tellement ému qu’il a décidé d’en faire la matière de son film. Œuvre épurée, Brooklyn Yiddish parvient à nous toucher en tant que spectateur par sa retenue, sa délicatesse et l’amour que porte le réalisateur à son interprète principal dont le prénom est même le titre du film aux USA.

Le réalisateur dresse le portrait d’un personnage qui essaie d’avancer tout en respectant la tradition hassidique. Combat difficile dont le corps maladroit de l’acteur témoigne à chaque instant en accumulant les maladresses. La gaucherie de Menashe est avant tout le signe d’une culpabilité, celle d’un homme qui a ressenti un soulagement à la mort de sa femme qu’il n’avait jamais réellement aimée. C’est en s’occupant de son fils, en assumant pleinement ses responsabilités et ses pensées, qu’il finit par se réconcilier avec lui-même et finalement avec les autres. Au final, le film n’est pas une critique d’une communauté, mais milite pour que l’individu ne soit jamais écrasé par le groupe.

Tendre, amusant, porté par une mise en scène précise, Brooklyn Yiddish dresse le portrait d’un père qui se bat pour sa dignité et qui finit par se retrouver.

F.L.