Après avoir manipulé le giallo transalpin (film policier italien mettant en scène des tueurs masqués), les sympathiques et très doués Hélène Cattet & Bruno Forzan, nous proposent pour leur 3e réalisation une relecture façon western spaghetti d’un roman de Jean-Patrick Manchette et Jean-Pierre Bastid.

 

Le couple de réalisateurs à la vie comme à l’écran crée ici une œuvre plastique de toute beauté où chaque plan de par son cadrage, sa texture ou son grain transpire l’amour du cinéma. En prenant un roman réputé inadaptable en raison de sa construction éclatée voir abstraite, Ils ont pu laisser libre court à leur imagination visuelle tout en restant fidèle à l’esprit de l’œuvre littéraire.

Laissez bronzer les cadavres ne pouvait être que le film de la semaine en raison de son audace stylistique, ses relents de poudre qui rappellent la collection Fleuve Noir et sa bande originale percutante. Nous vous proposons la critique du film par Laurent ainsi que l’interview des deux cinéastes réalisée par Mad Will au FEFFS 2017.

La Critique :

Laissez bronzer les cadavres est un film extraordinaire, un des meilleurs films depuis que le cinéma existe. Il n’a quasiment que des qualités, et est inclassable comme toute œuvre de génie. Un « polar-western » pour lequel on manque de superlatifs. Du grand art tellement la qualité picturale est au rendez vous, en particulier dans l’utilisation des couleurs, comme l’annonce le générique qui rend hommage aux tirs de Niki de Saint Phalle. Cela dit, tout ce qui fait la matière organique d’un film, la bande son, (rythmée par moment par les coups de feu tels la grosse caisse d’une batterie), la lumière, le cadrage, l’occupation de l’espace, (rien n’est laissé au hasard, le parcours des personnages dans le village abandonné qui sert de cadre à l’action est étudié au millimètre), sans parler d’effets dignes du cinéma surréaliste, est au service de l’adaptation du roman de Jean-Patrick Manchette, histoire de mésentente après un braquage réussi. Les références cinématographiques vont du Godard (on sent comme l’ombre de Pierrot le fou planer sur la réalisation) à Enzo G. Castellari et son magnifique western Keoma en passant par le polar français avec Canicule signé Yves Boisset.

Ainsi, la grande force de leur cinéma est leur capacité à mixer leurs références, à modifier la matière cinématographique pour concevoir un cinéma organique qui n’appartient qu’à eux.

Le film à ne pas rater au cinéma.

L.S.

L'interview :