Séance de rattrapage avec la sortie du DVD À mon âge je me cache encore pour fumer. L’occasion de découvrir ou revoir ce très joli film sorti en avril. La réalisatrice Rayhana Obermeyer a quitté Alger en 2000 pour fuir le front islamique du salut et la montée de l’intégrisme et s’est exilée en France. En 2009, elle monte une pièce de théâtre : À mon âge je me cache encore pour fumer dont l’action se déroule dans un hammam. En interview, elle explique que ce lieu « s’est imposé du point de vue philosophique et ancestral comme lieu cathartique de mise à nue ». S’inspirant de femmes qu’elle a connues pour créer ses personnages, Rayhana Obermeyer, livre des beaux portraits de résistantes contre l’islam radical.

La critique

À mon âge je me cache encore pour fumer est un film résolument féministe. En grande partie un huis clos, il est une adaptation de la pièce de théâtre éponyme qu’avait écrite la réalisatrice en 2009. L’action principale se situe dans un hammam où les femmes peuvent se sentir à l’abri des hommes et discuter entre elles. Mais en recueillant une femme enfuie de chez elle, la tenancière va provoquer l’incident qui fera basculer la sérénité du lieu. En effet des intégristes venus de l’extérieur viendront réclamer leur proie.

En laissant simplement les femmes entre elles, la réalisatrice montre une microsociété partagée entre celle qui revendique une émancipation totale et celle qui se soumet à l’intégrisme en passant par toutes les nuances possibles. Mais toutes doivent se plier à la loi des hommes. Seul le cadre du hammam leur laisse (mais pour combien de temps ?) une liberté de parole. La femme peut alors se mettre à nu, au propre comme au figuré. Le sujet est d’autant plus brûlant que l’action se situe dans l’Algérie des années noires pendant la guerre contre les islamistes du GIA. Rien n’empêche le spectateur de réactualiser ces images et d’en changer le cadre.

Ce film pose un regard de femme sur un sujet hautement brûlant.

L.S.

La bande-annonce