Dans son dernier film, "Babylon", Damien Chazelle revient sur le Hollywood des années 1920 et nous montre toute la puissance d’un art qui a engendré des excès souvent liés aux rêves qu’il génère. Le résultat à l'écran est éblouissant. Un film qui s'inscrit déjà dans l'histoire du cinéma.

La critique :

On parle de certains films de patrimoine comme des « monuments » du cinéma. À n’en pas douter Babylon de Damien Chazelle sera de ceux-là. Ce réalisateur nous avait déjà proposé avec Whiplash puis La la land d’excellents films, Mais Babylon dépasse la mesure. Cet hommage au cinéma de 189 minutes est en effet démesuré au sens propre comme figuré. Damien Chazelle revient dans le Hollywood des années 1920 et cristallise l’énergie de ces milliers d’acteurs et techniciens qui croyaient au cinéma, certains pour la beauté de l’art, d’autres pour la gloire, beaucoup pour l’argent, et nous montre ainsi toute la puissance d’un art qui a pu engendrer les excès consécutifs à la part de rêve qu’il génère, pour un résultat éblouissant.

Le réalisateur nous propose ici une mise en abyme dont le film de Stanley Donen Chantons sous la pluie serait le fil rouge. Sans s’en tenir à proprement parler à un remake du film de 1952, Chazelle joue avant tout avec la temporalité, filmant les années 1920 comme si les scènes de fictions imaginées par Donen avaient réellement existé. Il s’empare une nouvelle fois du thème du passage du cinéma muet au cinéma parlant pour mettre en scène Nellie LaRoy (Margot Robbie) en actrice dont la voix ne permettra pas son recyclage dans le parlant, et Jack Conrad (Brad Pitt) en gloire vieillissante, dans un univers foisonnant d’actions et de couleurs. Je n’ai pas la prétention de vous le décrire par le menu, d’une part parce que les mots peuvent difficilement ici remplacer les images, et d’autre part parce que cet univers est présenté, à l’image de ce qu’il veut dépeindre, comme un feu d’artifice : coloré, percutant, bruyant et désordonné, le montage hallucinant des scènes ne nous laissant pas toujours la possibilité de respirer. Mais sachez que Chazelle évoque tous les genres sans en laisser de côté : comédie, comédie musicale, drame, et films de genre : historique, thriller, policier, horreur, érotisme...

Le réalisateur nous expose ainsi comment dès ses origines le 7ème art fut sujet à des transformations souvent brutales. Né d’une évolution de la photographie vers l’image animée, le cinématographe s’est ensuite converti au parlant, puis, plus tard, comme cela est évoqué à la fin du film, à la couleur. Le spectateur peut poursuivre sur cette lancée en se rappelant que sont apparues plus récemment la numérisation, la 3D et la réalité virtuelle... Le monde du cinéma balaye alors sans pitié ceux qui, ne pouvant ou ne voulant pas s’adapter aux évolutions techniques et aux modes, resteront sur la touche, tandis que de nouveaux acteurs prendront leur place pour vivre vite et fort les courts moments que leur laisse ce perpétuel renouvellement.

Tout est bon dans cette ode au cinéma : le scénario, la mise en scène, les décors, le jeu des acteurs, et bien sûr comme dans tout film de Chazelle, la musique, récompensée aux Golden Globes par le prix de la meilleure bande originale pour Justin Hurwitz. Mais surtout et c’est bien là l’essentiel, le film est une ode au 7ème Art où l’amour du réalisateur pour son sujet s’expose à chaque scène. Damien Chazelle allie ici magnifiquement la forme et le fond pour montrer à son spectateur ce qui fait l’essence du cinéma : l’émotion.

Pour la conquête du titre de meilleur film de l’année 2023, Damien Chazelle met d’emblée la barre très haut. Car si la perfection n’est pas de ce monde, Babylon s’en rapproche.

Laurent Schérer

La bande-annonce :