Initiée par trois films documentaires, la carrière cinématographique du cinéaste italien Dario Albertini se poursuit à présent dans la fiction avec un triptyque. Anima bella qui succède à Il Filio Manuel, nous raconte ainsi l’histoire d’une addiction et de ses conséquences.

La critique :

Bruno (Luciano Miele), berger dans un coin reculé des montagnes italiennes, a une fille de 18 ans qu’il élève seul, Gioia interprétée par la magnifique Madalina Maria Jekal. Malheureusement pour lui, il est également ludopathe. Une addiction qui va le conduire à dépenser son argent durement gagné par la vente de ses fromages. Il ne parvient même plus à rembourser les sommes qu’il a emprunté à droite et à gauche, parfois à des gens peu recommandables, et se retrouve forcé de vendre une partie de son troupeau. Sa fille cherchera alors à le convaincre de se soigner.

Généreuse et altruiste, Gioia endosse volontiers le rôle du sauveur. Que ce soit auprès de ses brebis, qu’elle conduit avec attention dans les pâturages, de sa communauté à qui elle distribue de l’eau miraculeuse qu’elle va puiser à la source de la Madone proche du village, ou bien auprès de son père qu’elle voudrait tant aider à guérir. Mais pour cela elle devra apprendre à devenir adulte en se détachant de cette communauté dans laquelle elle est pleinement intégrée. En effet, pour faire soigner son père, il lui est nécessaire de se rendre avec lui à la ville et de se confronter à un monde extérieur inconnu.

Le réalisateur s’attache en permanence à ses pas. Sa caméra épouse ainsi le point de vue de Gioia dans une démarche dans laquelle transparait son expérience de documentariste. Il la décrit s’occupant sans cesse à aider son monde, sa présence dans tous les plans du film étant métaphorique de son engagement social. Pourtant, il ne s’agit pas pour Dario Albertini de montrer une figure de sainte. Si la fille s’occupe de son père avec grande délicatesse et pudeur, c’est qu’Anima bella est un film intimiste qui montre que les « petites gens » ont du cœur et qu’ils n’ont pas besoin de sauver le monde pour s’occuper pleinement de leur entourage.

Ce film tout en tendresse pour ses personnages principaux, nous expose les difficiles parcours de celui qui doit être soigné de son addiction et de celle qui l’accompagne vers la guérison.

Un film tout simplement beau et touchant.

Laurent Schérer

La bande-annonce :