Trois ans après "Des rêves sans étoiles", Mehrdad Oskouei continue à explorer l’âme de criminelles iraniennes. Il nous offre ici un film impressionnant et une critique implacable de la société patriarcale iranienne.

La critique :

Trois ans après Des rêves sans étoiles, Mehrdad Oskouei continue à explorer avec Sunless shadows, (des ombres sans soleil) l’âme de criminelles iraniennes. Il recueille ici face caméra le témoignage de jeunes filles qui ont toutes commis un meurtre.

Il s’attache avant tout à décrire à travers elles une société patriarcale où la place de la femme est quasi inexistante, son rôle se limitant à épouser un homme qui, elles espèrent, les respecteront, et d’élever les enfants tout en s’occupant des tâches ménagères. Il s’interroge donc sur une société dans laquelle des femmes mariées parfois à 12 ans, finissent par choisir le meurtre lorsqu’elles reçoivent des autorités policières mépris et fin de non-recevoir au moment où elles veulent porter plainte contre un père ou un mari violent.

Dans un contraste saisissant, le réalisateur fait alterner les témoignages glaçants de ces jeunes femmes avec des instants presque joyeux de la vie du centre de détention. Ils nous fait ainsi partager des moments d’études, de travail, de jeux, de repas, de ses prisonnières. On aura même le droit à une séance de soins entre l’une des détenues et son bébé.

Que ce soient Sara, Masha, Negar, Panda, Elham, Aida ou Somayeh, que l’on avait vu dans Des rêves sans étoiles et qui vient rendre visite à ses codétenues après sa libération, toutes ont un point commun : elles regrettent leur geste non pour lui-même mais pour ses conséquences, le meurtre  ayant conduit à la rupture des liens familiaux. Elles sont dans l’impossibilité de mener avec leur mère une vie sereine à laquelle elles aspiraient, mères qui pour certaines et pour la même raison sont aussi emprisonnées. En outre, le désir de vengeance des frères envers celles qui à leurs yeux doivent être punies sans pardon, fait planer sur leur tête le risque permanent de la peine capitale.

En décrivant ce monde de femmes gardé par des hommes, que l’on aperçoit en armes et uniformes dans des plans de transition, Mehrdad Oskouei nous offre un film bien plus pessimiste que le précédent, comme si la petite lueur d’espoir qui l’habitait n’avait pu grandir à l’image de ces jeunes filles qui sont privées de leur vie d’adolescentes et de femmes libres par la violence des hommes à leur encontre.

Laurent Schérer

La bande-annonce :