Ours d’argent du meilleur réalisateur au dernier festival de Berlin, La femme qui s’est enfuie est le nouveau film du prolifique cinéaste coréen Hong Sangsoo. Cette oeuvre enchantera de nouveau les admirateurs du maitre et plus largement tous les cinéphiles. Malgré l'apparente simplicité du scénario, la dernière œuvre du maitre est pourtant diablement intéressante.

La critique :

La trame de ce film féministe où les hommes échouent à s’immiscer dans les conversations des femmes, est réduite.  Ainsi, Gamhee (Kim Minhee) profite de l’absence de son mari pour revoir trois anciennes copines : Youngsoon (Seo Younghwa), Suyoung (Song Seomi) et enfin Woojin (Kim Saebyuk) Si la mise en scène de ce film bavard est simplissime (vue d’ensemble puis zoom), la dernière œuvre du maitre est pourtant diablement intéressante.

Les femmes y  boivent et parlent. Elles discutent un peu cuisine et chiffons, et relations aux hommes. Cependant elles évoquent plus généralement la culture, le monde animal et le végétarisme, avec un réalisateur qui ne peut s’empêcher de nous offrir des scènes comiques que n’aurait pas reniées l’Arielle Dombasle de L’arbre, le maire et la médiathèque.

Mais ce que nous narre le réalisateur avant tout, c’est une vision du monde. Un monde de surveillance quand le papotage des femmes rapporte les faits et gestes de leur entourage ou quand le film relaie des images captées par l’intermédiaire d’interphones ou de caméras de surveillance. Sans en avoir l’air Hong Sangsoo vit avec son temps. Et sa mise en scène dont je relevais plus haut l’apparente simplicité, n’en est-elle pas, par ses zooms constants et le recours à des échelles de plans larges, la meilleure des démonstrations ? Ainsi  la « femme qui s’est enfuie », une anecdote racontée en passant par l’une des amies est finalement au cœur de la problématique de ce long-métrage, la volonté de se soustraire à une société normative et oppressante où nul nest assuré de ne pas être vu.

Ce film, comme toujours chez Hong Sangsoo ne peut être réduit à une seule interprétation. Alors courez vite construire la vôtre ! Vous passerez de toute façon un agréable moment de cinéma.

Laurent Schérer

La bande-annonce :