Tobe Hooper

Réalisateur

Musicien

Scénariste

Tobe Hooper nous a quittés le 26 août 2017. Il est indispensable de revenir sur la filmographie de ce rebelle d’Hollywood, parfait reflet de la contre-culture américaine.

Tobe Hooper est un maître de l’horreur sur pellicule au même titre qu’un Stephen King dans le domaine de l’épouvante littéraire. Si l’écrivain du Maine est reconnu dans le monde entier, Tobe Hooper fut longtemps considéré comme l’homme d’un seul film Massacre à la tronçonneuse. Pourtant le cinéaste d’origine texane a signé d’excellentes pelloches de genre que ce soit Lifeforce, Fun House (Massacre dans le train fantôme) ou bien encore The Mangler ou le téléfilm Salem tous deux adaptés de Stephen King.

Leur rencontre artistique n’est pas liée au hasard. Les deux hommes se ressemblent beaucoup. Ils sont les représentants d’une Amérique vivant dans des régions assez sauvages (Le Texas pour Hooper, Le Maine pour King) pas toujours considérées par l’état fédéraliste américain. De plus, leurs œuvres mettent souvent en scène des WASPS américains qu’ils confrontent à leurs peurs les plus intimes.

Ces deux artistes sont des enfants de la contre-culture qui accordent une grande place au rock et à la contestation dans leur œuvre respective. Les difficultés rencontrées par Hooper durant toute sa carrière pour intégrer un cinéma de plus en plus commercial montrent bien qu’un homme issu de cette contre-culture basée sur la remise en cause du système n’a plus sa place dans l’Amérique libérale née sous Reagan. À ce titre, la scène du Poltergeist où la mère fume un joint tandis que son mari lit une autobiographie de l’ancien acteur devenu président cristallise la fin des illusions.

Mais revenons en quelques lignes sur Massacre à la tronçonneuse (1974) qui lancera la carrière de Hooper. Ce film est l’un des plus rentables des seventies et fit trembler la droite française qui l’interdit sur notre territoire. Massacre à la tronçonneuse marqua beaucoup de cinéastes dont Kubrick qui en conservait précieusement une copie 35 mm à son domicile ou Ridley Scott qui projeta l’œuvre à toute l’équipe d’Alien en déclarant qu’il voulait retrouver l’ambiance claustrophobe du métrage de Hooper. Mais surtout la réception du film par ses spectateurs a fonctionné à la manière d’une rumeur dans l’histoire du cinéma. Peu de gens ont vu le métrage, mais beaucoup pensent le connaître en citant des scènes gores et sanglantes qui n’existent même pas. Si le film procède par une ambiance lourde et malsaine, il n’a jamais recours à la violence graphique et use exclusivement du hors-champ.

Avec Massacre à la tronçonneuse, le cinéma des années 70 tient son plus grand film d’horreur indépendant, une œuvre puissante, mais aussi un récit annonciateur d’une Amérique fracturée où des hippies sont confronté à une famille de tarés du Texas licenciés par l’abattoir et qui vivent à présent en vase clôt. Tobe Hooper annonce 40 ans avant l’avènement d’un Trump en mettant en scène ces territoires américains oubliés par la croissance, où la haine vers l’extérieur grandit comme un mal.

Succès considérable à sa sortie, ce Massacre à la tronçonneuse aurait dû lui ouvrir les portes d’Hollywood. Mais les studios sont effrayés par ce révolutionnaire qui avec ces 300 000 dollars de budget a remis en cause la manière de concevoir un film de genre.

Son film suivant Le crocodile de la mort, réalisé trois ans plus tard est une production fauchée qui met en scène un hôtel pourri tenu par un vétéran du Vietnam totalement cinglé et tueur à ses heures. Son producteur lui avait commandé une copie Des dents de la mer. L’animal monstrueux choisi par Hooper n’est pas le crocodile qui rôde autour de la maison, c’est l’homme en tant qu’être vulgaire soumis à ces instincts pervers qui est mis en scène.

Le réalisateur texan use d’une stylisation qui lui permet de ne pas répéter son œuvre précédente et signe ici une pelloche d’exploitation qui n’est pas une réussite majeure, mais qui montre un cinéaste rebelle qui sait apposer son style tout en rompant avec les attentes du spectateur.

Hooper aura attendu de longues années, mais accède enfin aux studios par l’intermédiaire d’Universal pour Massacres dans le train fantôme aka Fun House en 1981.

Hooper se joue de la commande du studio qui lui avait demandé de faire un slasher (film avec tueur masqué sur le mode vendredi 13). Avec la séquence d’introduction qui parodie la scène de douche de Psychose, puis Halloween de John Carpenter à travers l’usage d’une caméra subjective derrière un masque, il montre qu’il a conscience que les effets du passé ne font plus frémir les adolescents à l’aube des années 80.

Très vite il place l’action du film dans une fête foraine où des jeunes gens vont connaître l’enfer. Porté par une photographie absolument sublime et des mouvements d’appareil d’une rare élégance, le cinéaste rompt avec le style documentaire qui a fait sa légende sur Massacre à la tronçonneuse. Il est devenu un grand formaliste alliant les lumières des maîtres italiens tels Bava et Argento à l’efficacité et la lisibilité des plans d’un John Ford.

Une fois encore, il ne peut s’empêcher d’offrir un sous-texte social percutant, nous dévoilant en quelques plans la haine entre les sédentarisés et les gens du voyage. Hooper critique l’attitude de ses héros qui se moquent avec beaucoup de cruauté des spectacles de la fête foraine. Sans révéler l’intrigue, si ces jeunes gens se font tuer par le monstre de la foire, ce n’est pas en raison du péché de chair (comme dans Vendredi 13) mais de leur cupidité.

Le final de Fun House rappelle celui de Massacre à Tronçonneuse. Avec beaucoup d’ironie, le réalisateur signifie que son entrée au sein des grands studios est semblable à l’arrivée d’un monstre dans un Disneyworld. Fun House est un film indispensable à retrouver chez Elephant Films dans un coffret Blu-ray / DVD à tomber par terre.

En 1982, pour son deuxième film de studio, il s’engage au côté de Spielberg pour Poltergeist. Le film remportera un énorme succès, encore plus important que Massacre à la tronçonneuse. Malheureusement nombre de critiques peu avertis considéreront que le film est en réalité une réalisation de Spielberg qui aurait utilisé Hooper comme prête-nom en raison d’un mouvement de grève des réalisateurs syndiqués. Il est pourtant évident quand on revoit le long-métrage que le cinéaste texan est aux manettes. S’il se réapproprie les codes du divertissement familial à la Spielberg c’est pour les traiter à l'acide.

Hooper travaillant avec Spielberg, ou la rencontre entre le cinéaste d’E.T. qui se plaisait à montrer la gentille famille américaine et le fou furieux du Texas qui filmait les crocs de boucher. Alliance improbable grâce à laquelle le cinéaste texan va réaliser peut-être le meilleur film produit par Spielberg de ce début des années 80.

Le métrage commence avec l’hymne américain qui résonne de façon stridente sur les images de neige provenant du tube cathodique. Par cette entrée en matière, un tant soit peu caustique, le cinéaste semble nous indiquer que les fantômes du film sont ces millions d’Américains totalement hagards devant une télévision qui leur dicte leur vie. Puis vient un second générique, plus Spielbergien, accompagné par la douce musique de Goldsmith qui accompagne des plans de gamins en VTT et de jolis pavillons de banlieue. Mais une fois encore, Tobe vient pervertir cette belle image en s’attardant sur une bande de gosses qui joue innocemment aux voitures téléguidées. Le spectateur découvrira finalement au plan suivant que le petit groupe préparait un sale coup, faisant chuter un homme de son vélo.

Durant tout le film, Hooper va contaminer de façon subtile le divertissement qu’il est censé signer d’après le scénario de Spielberg. On pense ici à cette terrifiante scène du visage arraché tout droit sortie de sa première réalisation, ou son goût pour les matières visqueuses et les sécrétions qui contrastent avec les effets visuels assez esthétisants qui les accompagne. Mais surtout c’est la structure même du film qu’il soumet à sa volonté.

Après nous avoir montré un désenvoûtement de la maison hantée à coups de jolies animations annonçant les images de synthèse de demain, le film semble se conclure sur une jolie musique et les images d’une famille heureuse.

Commence alors la véritable fin qui s’avère totalement apocalyptique avec ses cadavres putréfiés qui remontent à la surface. Le message est clair, l’American Way of life a été construit par la violence et l’appât du gain dont le père de famille vendeur immobilier est un symbole. Le travelling final sur le miteux motel où s’est réfugié la famille est accompagné par une musique d’une tristesse infinie qui conclut cette critique acerbe des idéaux américains

Poltergeist est donc bien un film d’Hooper qui a toujours su apposer son regard d’auteur aux commandes qu’on lui soumettait. Un chef-d’œuvre tout simplement.

 

Mad Will

 

Période Cannon

Il faudra 3 longues années avant son retour au cinéma au sein de la Cannon, la firme atypique de Menahem Golan et Yoram Globus. Les têtes pensantes de la Cannon voulaient rivaliser avec les grosses productions des studios. Et bien qu’elle soit tenue pour responsable de films de série B aux budgets confortables mais souvent tape à l’œil, elle a néanmoins une filmographie très intéressante grâce à une ligne éditoriale capable d’enchainer les grands écarts entre Van Damme et Cassavetes, les films de Ninja et Godard, Chuck Norris et Barbet Schroeder… Avec ses ambitions démesurées, elle a parfois offert de très bons films au point de venir taquiner Hollywood qui, d’abord amusé par les personnages haut en couleur que sont Menahem Golan et Yoram Globus, a fini par ne plus rire du tout lorsqu’ils ont commencé à jouer sur son terrain de jeu. La Cannon finira par faire faillite mais l’histoire retiendra qu’elle a fait partie de ses indépendants qui ont bien failli réussir face aux majors.

Bref, à cette époque ils cherchent une franchise juteuse à exploiter et ça tombe bien : Poltergeist a cartonné suffisamment pour rendre Hooper célèbre et Massacre, slasher abrasif et brutal, est potentiellement déclinable en séquelles. Il va leur offrir 2 longs-métrages aux effets spéciaux très réussis que sont Lifeforce et L'Invasion vient de Mars ainsi qu’une série B décomplexée avec Massacre à la tronçonneuse 2. Ironiques, éminemment politique avec une condamnation du libéralisme, ces films sont des pépites de la série B des années 80.

Lifeforce

Budget conséquent pour l’époque puisque le film a quand même coûté 25 millions de dollars, Lifeforce est un blockbuster très efficace et largement sous-estimé. Premier long métrage tourné par Hooper avec la Cannon, le film s’inscrit dans le sillage tracé par Alien le 8e passager et l’engouement du public pour les créatures extraterrestres assoiffés d’humains. Avec Dan O’Bannon au scénario, scénariste sur Alien, l’intention de surfer sur le xénomorphe est affichée même si le script n’a rien en commun avec le film de Ridley Scott.

Alors Lifeforce c’est quoi ?

Au cours d’une expédition spatiale, des caissons contenants 3 membres d’une race extraterrestre sont découverts et ramenés sur Terre. Les autorités comprennent vite que le trio est hostile et qu’il met en péril l’humanité. En effet, ces aliens à l’apparence humaine ont le pouvoir d’absorber l’énergie vitale de ceux qu’ils croisent. La course contre la montre commence.

Disponible sur Netflix, je vous invite vivement à voir ou revoir ce film qui tient encore largement ses promesses grâce à une direction artistique et une mise en scène brillantes. Et même si le scénario d’O’Bannon part vite dans tous les sens, l’ensemble regorge de fulgurances visuelles qui valent le détour. De la magistrale séquence d’ouverture qui convoque d’emblée tout un imaginaire de la science-fiction avec ses corps en apesanteur, ses décors gigantesques et ses caissons de verre, jusqu’aux hordes de zombies dans les rues et les cadavres qui jonchent le sol de la cathédrale lors du climax, le film résonne avec tout un pan de la SF d’Alien à la saga Quatermass. Avec John Dykstra aux effets visuel, le créateur de la société d’effets spéciaux Industrial Light & Magic, une référence incontournable en la matière régulièrement récompensée aux oscars, l’argent a été bien investi.

Lifeforce a du budget et ça se voit à l’image.

Tour à tour film de science-fiction, d’horreur, de zombies, de vampires, Tobe Hooper navigue entre différents genres avec une grande technicité qui assure une cohérence à l’ensemble et confère au film une ambiance unique. Souvent considéré comme l’homme d’un seul film, le Texan possède pourtant un sens aigu de la mise en scène qui redonne un coup de jeune même à des effets simples (la séquence d’ouverture avec la synchronisation de Mathilda May et Steve Railsback tout en fondu-enchaîné et retournement de caméra par exemple) et qui fait mentir plan après plan les grincheux qui voudraient faire de Tobe Hooper un tâcheron sans talent. Bien au contraire, il est flagrant de voir qu’à partir de films confortablement installés sur des sentiers bien balisés il arrive tout de même à imposer sa marque. Lifeforce est à ce titre assez édifiant.

Ça ressemble beaucoup aux films de SF grand public et pourtant on sent bien que sous le vernis ça craque un peu. Les séquences cauchemardesques de décomposition des corps qui parsèment la traque de Steve Railsback contre les vampires de l’espace et le côté un peu nudie du film avec la présence vénéneuse et hypnotique de Mathilda May, (pourtant jamais ostentatoire et filmée de manière quasi clinique) renforcent cette idée que le film n’est pas un produit aseptisé de major et détonne dans le paysage cinématographique. Sa sortie en 1985 face à Cocoon ne convainc pas vraiment le public et avec 11 millions de recettes le film est considéré comme un échec.

L’invasion vient de Mars et Massacre à la tronçonneuse II

Bien que Tobe Hooper semble content du temps passé à la Cannon, ses films ne rencontreront jamais vraiment le succès escompté et les investissements diminueront drastiquement. Après avoir été aux commandes du plus gros budget de sa carrière dans Lifeforce, le budget passe à 7.5 millions pour L’invasion vient de Mars, puis à 4.5 millions pour Massacre II.

L’invasion vient de Mars sort en 1986 et on retrouve encore une fois Dan O’Bannon au scénario et John Dykstra aux effets visuels pour ce bon remake d’un film des années 50, Les envahisseurs de la planète rouge. Ne connaissant pas le film en question mais ayant vu quelques classiques de cette période très prolifique sur les envahisseurs d’une autre planète (le jour ou la Terre s’arrêta, La chose d’un autre monde, la guerre des mondes etc http://www.cinetrafic.fr/meilleur-film-extraterrestre-annees-50), je me prononcerai uniquement sur la version de Hooper qui rend parfaitement hommage à cette période.

Nous suivons le jeune David Maclean, passionné d’astrologie qui assiste en pleine nuit à l’atterrissage d’un vaisseau spatial derrière sa maison. Au matin, David remarque que son père a un comportement étrange et surtout qu’il possède une marque derrière la nuque. Alors que de plus en plus de personnes se mettent à agir étrangement, David comprend que l’invasion a commencé.

Très sympathique série B, L’invasion vient de mars est un récit d’aventure qui ressemble au souhait secret de gamin. Un passionné d’astrologie voit tout à coup arriver des aliens qu’il doit combattre, puis se retrouve à devoir convaincre des adultes de l’invasion, sauver l’infirmière, et se débarrasser des envahisseurs avec l’armée. Tout cela ressemble à une envie d’enfant qui se retrouverait concrétisée par le cinéma. On suit donc avec plaisir la quête de David tout en notant que s’il y a un peu de Spielberg, notamment la leçon de classe avec les grenouilles qui fait automatiquement penser à E.T., ça dérape assez vite. Le film est malheureusement déconsidéré par les cinéphiles et pourtant il y a encore des bonnes idées visuelles. Les décors et les créatures offrent de beaux tableaux de SF, et la mise en scène dynamique de Tobe Hooper (la dernière partie avec l’armée est très immersive) et sans temps morts rend parfaitement crédible cette invasion par des créatures qui ressemblent quand même à des grosses pommes de terre avec des dents.

3e film avec la Cannon, Massacre à la tronçonneuse II sorti en 1986 est l’objet initial du contrat qui lie le réalisateur de Poltergeist à Golan-Globus (rappelez-vous, l’appât de la franchise juteuse). Le film a donc vocation à continuer de forger le matériau de base extrait par Hooper en 74. Encore en pleine post-production de L’invasion vient de Mars, il veut confier le film à Russell Mulcahy le réalisateur de Razorback. Mulcahy part finalement sur Highlander et personne n’ose vraiment affronter le projet. Tobe se lance alors dans cette suite (pour plus de détails voici un lien de sa master class animé par Thoret : http://next.liberation.fr/cinema/2014/10/01/la-master-class-de-tobe-hooper_1112299).

Que raconte le film ?

Dennis Hopper incarne un flic jusqu’au-boutiste, parent de deux victimes du premier massacre qui tente de mettre la main sur l’homme derrière la tronçonneuse.

Outre l’exercice de la séquelle qui lui permet de développer l’aspect familial de la tribu Leatherface, le réalisateur poursuit ses motifs tout en livrant une copie au double sens patent très différente du premier massacre. Et c’est l’un des aspects le plus intéressant du film, la démarche entreprise par Hooper qui refuse de copier son premier film et se décide donc à explorer un nouveau versant de son œuvre : la comédie. L’affiche du film, parodie de Breakfast Club, d’ailleurs directement cité comme influence par Hooper qui, à l’instar de John Hugues, a envie de parler de son époque.

Derrière la comédie grotesque avec les freaks, les forains les marginaux, un motif récurrent du cinéma de Hooper, on peut donc lire une jolie critique du libéralisme (années Reagan) et une réflexion sur le virage entrepris par le genre qui, s’il arborait souvent une forme politique dans les années 70 grâce à la fin du code Hays en 66, a été un peu dévoyé par les années 80 qui en ont fait un truc fun et inoffensif.

Il y a donc dans Massacre II cet aspect politique avec une caméra qui penche pas mal du côté de la famille Leatherface, quelque part victimes aussi de la société (les références explicites au Vietnam et au capitalisme responsable de la faillite du grand-père sont claires). Désormais la famille commercialise ses plats préparés et semble trouver le Texas fin gourmet en la matière. Comme le dit Dayton : « J’adore la ville de Dallas parce qu’ici on aime la bonne viande ». Cette logique de commerce poussé jusqu’au cannibalisme (« manger l’autre ») a de quoi séduire. Armé de cette double réflexion, le film affiche de belles prétentions visuelles, Tobe Hooper a décidé de mettre en scène une violence moins suggérée et plus frontale et le film nous offre des séquences d’anthologie. Difficile d’oublier le combat de tronçonneuse, la danse macabre de Caroline Williams (très impressionnante dans le film), Denis Hopper complétement possédé et un final dantesque dans le parc d’attraction.

Thomas

The Mangler ou le dernier soubresaut

Hooper disparaîtra de nouveau des écrans de cinéma pendant plusieurs années, signant quelques épisodes de série télé. À l’instar de ses producteurs de la Cannon devenus persona non grata, il est rejeté d’Hollywood qui au fur et à mesure se débarrasse des indépendants et des fortes têtes. De plus, une partie de ces fans l’a abandonné en raison de la suite de Massacre à la tronçonneuse trop grand-guignolesque à leur goût.

Dans les années 90, Il enchaîne les productions faméliques en terme de budgets avec les « téléfilmesques » Combustion spontanée (89/90) et Une nuit de terreur (1994) qui n’ont pas marqué ceux qui les ont vus. Ce sera grâce à une nouvelle de Stephen King qu’il reviendra au cinéma aux USA avec The Mangler qui conte l’histoire d’une presseuse diabolique dans une usine tenue par Robert Englund.

Vous me direz pourquoi les gens s‘approchent de la presseuse et se font tuer ? La raison donnée par Hooper est simple, ironique, et absolument géniale : Ils ont besoin de travail ! Malgré un pitch digne d’une série Z, le cinéaste réussit une allégorie horrifique plutôt intelligente contre le capitalisme où la machine et le patronat sont liés pour détruire l’être humain. Hooper y met beaucoup d’énergie faisant preuve d’un grand professionnalisme dans la réalisation. Il signe ici une excellente série B en deçà de ses plus grandes œuvres, mais respectable au regard de son budget.

Le crépuscule d'une carrière

Quant à ses deux derniers opus Toolbox Murders en 2004 puis Mortuary en 2005, ils ne sont pas honteux, mais la présence des deux énergumènes déjà scénaristes sur le désastreux Mother of tears de Dario Argento souligne la limite de l’entreprise. Ces sombres individus sont en réalité des fans dont le talent en termes d’écritures est inversement proportionnel à leur passion.

Dans ces deux films, Hooper réussit tout de même dans certaines séquences à rendre l’atmosphère poisseuse qui l’a rendue célèbre, mais le feu sacré n’est plus là. Servis par des scénarios plus que moyens, les maîtres de l’horreur dans les années 2000 se retrouvent à imiter les films à la mode qui ont été inspirés par leurs propres œuvres du passé pour un résultat forcément absurde.

Son dernier film Djinn qu’on préféra oublier est symptomatique d’une génération qui n’a plus sa place dans le cinéma actuel de superhéros. Hooper était un réalisateur qui tentait dans ses métrages d’éveiller la conscience sociale américaine. Trop indépendant, il ne pouvait définitivement plaire à des studios devenus avides d’artistes obéissants surtout à une époque où les grands maîtres sont recyclés sans vergogne dans des séries telles que Stranger Things. Il ne faut pas oublier que le bagage culturel du cinéma actuel, nous le devons à Carpenter, Dante ou Hooper. Des hommes qui ont lutté jusqu’à l’épuisement contre les directifs de studios pour concevoir un cinéma de genre d’une richesse incroyable, écrivant les plus belles pages du cinéma fantastique et d’horreur.

Mad Will