Les anges portent du blanc

Jia nian hua

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107 minutes
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Couleur
Affiche du film Les anges portent du blanc Dans une station balnéaire hors saison, avec ses décors en carton pâte et ses attractions désuètes, deux jeunes filles sont les victimes d'un homme d'âge mur. Mia, une adolescente qui travaille comme réceptionniste au sein de l'hôtel où se sont passés les faits, a filmé la scène. Sans papiers, elle craint d'être renvoyée. Wen, 12 ans, l'une des jeunes filles agressées, est prise dans un engrenage infernal...

Réalisateur

Date de sortie

02/05/2018

Genre

Nationalité

Chine

Distribution

Classification

Tous publics

Critique de la rédaction

Notre critique CCSF

   Dans une ville côtière chinoise, deux collégiennes accusent un monsieur très important de les avoir sexuellement abusées. Elles ne savent pas quelle boîte de Pandore elles viennent d’ouvrir chez les adultes qui les entourent. L’enjeu est d’autant plus de taille qu’en Chine la virginité reste encore le point d’honneur des familles et le critère prééminent du prix des femmes sur le marché matrimonial. Le viol aurait eu lieu dans un hôtel où la réceptionniste et la femme de ménage sont exploitées par un patron machiste et vénal. L’avocate des parents d’une des petites filles vient y mener l’enquête, et assure ainsi le lien entre les personnages féminins d’âges et de milieux sociaux différents. Leur entrecroisement permet à la réalisatrice Vivian Qu (également productrice du très remarqué Black coal) de montrer que leurs malheurs particuliers découlent d’une même culture du viol, qui n'enseigne pas qu'il ne faut pas violer, mais plutôt qu'il ne faut pas être violé.

   Elargissant même son propos à la planète entière, la réalisatrice a l’idée brillante d’utiliser comme élément de décor une très symbolique statue géante de Marilyn Monroe rabattant ses jupons soufflés par une bouche d’aération dans Sept ans de réflexion, pour figurer toute une mythologie universelle de fruits féminins défendus, sanctuarisés, dont le caractère tabou participe à la maltraitance. Excision ailleurs, épisiotomie abusive ici, chirurgie réparatrice d’hymen dans Les anges portent du blanc, il est toujours question du droit que les hommes s’accordent, avec ou sans prétexte religieux, pour mutiler et traumatiser le corps des femmes. Les formes de l’exercice de la domination changent, mais le fond est partout le même.

   A travers son scénario habile, Vivian Qu souligne ainsi que le malheur d’être née femme, c’est d’avoir à rendre compte toute sa vie de la pureté de son entrejambe, supposé demeurer invisible, pudiquement protégé par des vêtements à jamais immaculés, comme s’il était moins producteur de sécrétions ou fait de moins de tissus nerveux que l’ensemble trois-pièces masculin. Or, à l’exception du personnage de l’avocate, la réalisatrice chinoise insiste sur l’absence de solidarité entre les femmes pour s’élever contre ces lois sociales iniques, qu’un mouvement de prise de conscience pourrait renvoyer aux poubelles de l’Histoire. 

F.L.

Publié le 26/04/2018

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