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La critique de Vénérable Jean Michel

Dans la France des années 1990, Arthur, étudiant à Rennes qui rêve de cinéma, fait la rencontre de Jacques, un écrivain parisien de quinze ans son aîné. Immédiatement, ils se plaisent, se tournent autour mais Jacques, séropositif, n’a pas le temps pour cette dernière romance.

Comme pour le titre, Christophe Honoré respecte la règle de trois dans la distribution des rôles. Arthur, le fougueux Vincent Lacoste, est inattendu et parfait dans le rôle d’un jeune homme qui baise des mecs mais qui ne tombe amoureux que de filles, jusqu’au jour où il rencontre Jacques. Il lui écrit, l’appelle, mais l’écrivain préfère accompagner les derniers jours de son ami Marco, victime du sida. Jacques c’est Pierre Deladonchamps, même si le rôle était initialement pensé pour Louis Garrel. On est presque ravi que ce dernier, ancienne muse de Christophe Honoré, ait abandonné le projet tant la beauté et la sensibilité de Jacques semble être écrite pour celui qu’on a découvert dans l’Inconnu du lac il y a cinq ans. Autour d’eux gravite Denis Podalydès, dans le rôle du voisin et ami de Jacques, homosexuel dont la plastique ne permet pas de multiplier les conquêtes, bon camarade, surtout lorsqu’Arthur débarque à Paris pour retrouver Jacques et que s’installe un ménage à trois.

Comme la maladie le film est grave mais se soigne par l’humour (en particulier les farces sur les bretons), et la douceur de l’image toujours bleue, qui rappelle l’obsession chromatique de Jacques Demy qu’Honoré a l’habitude de prendre comme modèle (notamment dans Les Chansons d’Amour qui cite constamment Les Parapluies de Cherbourg). Truffaut, Guibert, les références fusent du côté des idoles du réalisateur mais aussi de son histoire personnelle. Honoré partage avec Arthur la perte de son père à l’adolescence, l’envie de faire du cinéma depuis la Bretagne et la fascination pour des hommes plus âgés et cultivés. On imagine alors le jeune Honoré, se prenant d’affection pour Hervé Guibert, vivant à Paris et comme Jacques, atteint du VIH.

Plaire, aimer et courir vite est un film qui se voit : chaque plan est parfaitement construit, jusqu’au costume des figurants ; qui s’écoute : pas seulement au rythme de Prefab Sprout et Cowbow Junkies dans les walkmans, mais aussi dans les dialogues fluides, littéraires. Un film qui éprouve, qui tord le ventre comme une rencontre amoureuse.

En réunissant toutes les qualités présentes dans les précédents films de Christophe Honoré, Plaire, aimer et courir vite constitue son œuvre la plus complète.

S.D.

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La critique de L. Schérer

Dans la France des années 1990, Arthur, étudiant à Rennes qui rêve de cinéma, fait la rencontre de Jacques, un écrivain parisien de quinze ans son aîné. Immédiatement, ils se plaisent, se tournent autour mais Jacques, séropositif, n’a pas de temps pour cette dernière romance.

Comme pour le titre, Christophe Honoré respecte la règle de trois dans la distribution des rôles. Arthur, le fougueux Vincent Lacoste, est inattendu et parfait dans le rôle d’un jeune homme qui baise des mecs mais qui ne tombe amoureux que de filles, jusqu’au jour où il rencontre Jacques. Il lui écrit, l’appelle, mais l’écrivain préfère accompagner les derniers jours de son ami Marco, victime du sida. Jacques c’est Pierre Deladonchamps, même si le rôle était initialement pensé pour Louis Garrel. On est presque ravi que ce dernier, ancienne muse de Christophe Honoré, ait abandonné le projet tant la beauté et la sensibilité de Jacques semble être écrite pour celui qu’on a découvert dans L’Inconnu du lac il y a cinq ans. Autour d’eux gravite Mathieu (Denis Podalydès), dans le rôle du voisin et ami de Jacques, homosexuel dont la plastique ne permet pas de multiplier les conquêtes, mais bon camarade, surtout lorsqu’Arthur débarque à Paris pour retrouver Jacques et que s’installe un ménage à trois.

Comme la maladie, le film est grave, mais se soigne par l’humour (en particulier les farces sur les bretons) et la douceur de l’image toujours bleue, qui rappelle l’obsession chromatique de Jacques Demy que Christophe Honoré a l’habitude de prendre comme modèle (notamment dans Les Chansons d’Amour qui cite constamment Les Parapluies de Cherbourg). Truffaut, Guibert, les références fusent du côté des idoles du réalisateur mais aussi de son histoire personnelle. Honoré partage avec Arthur la perte de son père à l’adolescence, l’envie de faire du cinéma depuis la Bretagne et la fascination pour des hommes plus âgés et cultivés. On imagine alors le jeune Honoré, se prenant d’affection pour Hervé Guibert, vivant à Paris, et comme Jacques, atteint par le VIH.

Plaire, aimer et courir vite est un film qui se voit : chaque plan est parfaitement construit, jusqu’au costume des figurants ; qui s’écoute : pas seulement au rythme de Prefab Sprout et Cowbow Junkies dans les walkmans, mais aussi dans les dialogues fluides, littéraires. Un film qui éprouve, qui tord le ventre comme une rencontre amoureuse.

En réunissant toutes les qualités présentes dans les précédents films du réalisateur, Plaire, aimer et courir vite en constitue son œuvre la plus complète.

S.D.

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La critique de L. Schérer

Dans la campagne espagnole, Laura (Penelope Cruz) retrouve toute sa famille pour célébrer les noces de l’une de ses sœurs. Après une longue série d’embrassades, de danse et de rires frénétiquement filmés, sa fille de seize ans disparaît au milieu de la fête. La comédie tourne alors (littéralement) à l’orage et devient une enquête sordide.  

Asghar Farhadi réunit tous les ingrédients du genre : la découverte du drame sous une pluie battante, la certitude que « le coupable est parmi nous », la demande anonyme de rançon, la grande maison de famille au premier abord chaleureuse qui se transforme en scène d’un théâtre inquiétant… On retrouve également la structure narrative habituelle du réalisateur, lorsque l’événement dramatique devient prétexte à explorer les secrets familiaux enfouis. Ici, la distillation du non-dit est progressive jusqu’à gangréner chaque personnage et admettre l’évidence : tout le monde connaissait le secret de Laura, « everybody knew ». 

Comme dans une partie de Cluedo, les suspects ont tous leur particularité qui fait la singularité de leur personnage. Ainsi le patriarche colérique règne sur ses trois filles, Laura, éplorée d’avoir perdu son enfant, se repose sur le plus beau personnage du film, Paco, son amour de jeunesse retrouvé. Vigneron, Paco (Javier Bardem) a grandi dans les pattes de la famille sans jamais en faire partie. Il est pourtant toujours aussi dévoué et présent pour Laura dont le mari (Ricardo Darin) tarde à arriver d’Argentine. Le réalisateur iranien prouve une seconde fois, après Le Passé tourné en France, que la langue n’est pas une barrière à la direction de ses acteurs.

On a reproché à Asghar Farhadi d’avoir fait un film trop académique, perdu dans les clichés du genre, mais c’est pourtant cette utilisation parfaite des codes qui donne cette enquête si haletante et si bien construite, et grâce à cela on lui pardonnerait presque son dénouement décevant. Habitué du festival de Cannes (doublement récompensé en 2016 par le prix du scénario et de l’interprétation masculine pour Le Client), le cinéaste a eu l’honneur cette année d’ouvrir la cérémonie avec Everybody knows, également en course pour la compétition officielle.

S.D.

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La critique de F. L.

   Au printemps 2016, dans l'espoir de tarir le flot des réfugiés qui tentent de rejoindre le nord de l'Europe via l'est de la Méditerranée, les gouvernements de Serbie, Slovénie et Macédoine décident conjointement de fermer la route des Balkans. A Idomeni, au nord de la Grèce, des milliers de civils fuyant leur pays en guerre se retrouvent bloqués du jour au lendemain sur la route d'une migration inachevée.

   Malgré ce que son titre et son sujet pourraient laisser penser, Des spectres hantent l'Europe est un film joyeux, parfois même burlesque. A rebours d'un cinéma qui voudrait provoquer la pitié en inondant le spectateur d'images-choc, Maria Kourkouta et Niki Giannari ont choisi d'« enregistrer l'attente » pour pouvoir ensuite faire expérimenter au spectateur cette condition temporelle propre au migrant. Leurs images captent ainsi les migrants dans la simplicité de leur vie quotidienne, dans leurs querelles dérisoires, dans leurs manœuvres de séduction maladroites, dans la myriade de petites actions nécessaires qu'ils s'inventent pour tromper l'attente.

   Des spectres hantent l'Europe, d'ailleurs placé sous l'égide de Marx, n'en est pas moins politique. Ces longs plans fixes sur les piétinements absurdes d'hommes, de femmes et d'enfants bloqués à la frontière, juste en lisière d'une voie ferrée où les trains de marchandises, eux, continuent leur route sans encombre, sont une sorte de condensé allégorique de ce qu'est le nouvel ordre mondial néolibéral, dont la valeur de liberté est si immoralement liée à l'économie : libre circulation des marchandises et des capitaux, entraves à la circulation des hommes. L'herméticité sélective de la frontière gréco-macédonienne qu'ont filmée Maria Kourkouta et Niki Giannari matérialise parfaitement le double standard du néolibéralisme, qui s'avère très protectionniste lorsqu'il s'agit d'entraver la mobilité d'êtres humains souhaitant simplement vivre en paix.

F.L.

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La critique de L. Schérer

Avez-vous déjà imaginé Cristiano Ronaldo vierge avec une paire de seins et l’irrésistible envie d’adopter un enfant réfugié ? Apparemment, Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt oui. Les deux compères, sans doute hantés par l’image du prodige du ballon rond, blessé et en larmes lors de la dernière finale de l’Euro (qui opposait, rappelons-le mais pas trop, la France au Portugal), lui ont créé un alias queer : Diamantino.

Chouchouté et entrainé par son papa depuis sa plus tendre enfance, Diamantino (Carloto Cotta, vu chez Miguel Gomes) a un don pour le football. Sur le terrain il trouve en toute circonstance le chemin du but. Bientôt leader de l’équipe nationale, il fait la fierté de son pays. Son secret ? Suivre les petits bichons maltais qui lui apparaissent en vision lorsqu’il approche la cage de l’adversaire. Un jour, alors qu’il s’apprête à tirer un penalty décisif, les chiots disparaissent au profit d’une immense mer agitée. Tout s’effondre alors quand Diamantino fait perdre son équipe. Devenu paria du jour au lendemain, la star déchue doit affronter un autre drame, la mort subite de son démiurge de père pendant le match. Il se retrouve ainsi livré aux mains de ses sœurs vénales bien décidées à tirer profit de leur petit frère vedette. Mais Diamantino, touché au cœur depuis qu’il a aperçu un radeau de réfugiés depuis son yacht n’a qu’une idée en tête : combler sa solitude et le vide de sa vie en adoptant un jeune rescapé de ces funestes traversées.

A partir de là, il faut laisser, si ce n’est déjà fait, toute rationalité de côté pour entrer dans ce conte de fées trash filmé un peu n’importe comment avec une caméra 16 mm embarquée. A travers la caricature du joueur de foot (virilité outrageuse, un strass dans les oreilles et l’âge mental d’un enfant de 8 ans) incarnée par Diamantino, Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt font mouche sur certaines cibles du temps présent : montée des nationalismes, instrumentalisation des masses, xénophobie, homophobie.

Plus pudique et moins expérimental que Les Garçons Sauvages de Bertrand Mandico, mais proche de son univers pop queer façon Pierre et Gilles, Diamantino s’inscrit dans la lignée de ces ovnis cinématographiques auxquels il faut s’accrocher mais qu’on accueille en salles à bras ouverts.

S.D.

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La critique de L. Schérer

Nous pourrions qualifier Charade de film policier romantique, à supposer que cet oxymore soit accepté dans le monde du polar. En effet, si l’on suit avec intérêt l’intrigue du film lors d‘un premier visionnage, on revoit ensuite Charade non pour son scénario, mais pour Audrey Hepburn et Cary Grant au sommet de leur art.

En effet, le jeu de dupes sur l’argent volé, les meurtres commis ou non, les disparitions et autres réapparitions, ne tiennent pas un instant face au jeu du chat et de la souris que pratiquent avec élégance le duo de stars du film.

Il ne faut pas oublier que le réalisateur de Charade Stanley Donen était le spécialiste de la comédie musicale au début des années 50 avec Un jour à New York en 1949 (un premier coup de maitre où il tourna pour la première fois des scènes de danse en extérieur) et surtout Chantons sous la pluie (1952) qui reste LA référence en la matière. Nous avons donc affaire à un sérieux client dont la notoriété lui permettra de réaliser de nombreux films à Hollywood avec plus ou moins de réussite. Il décide ainsi au début des années 60 de se tourner vers d’autres genres que la comédie musicale, continuant à diriger son acteur fétiche Cary Grant comme dans Ailleurs, l’herbe est plus verte et Charade, le sommet de sa carrière de réalisateur. Vous me direz, difficile de progresser quand on a atteint un tel sommet !

La réussite visuelle de Charade tient certainement à la réappropriation pour un film sentimental des mouvements de caméra expérimentés par Donen  dans le filmage des danseurs de la comédie musicale. Vous l’aurez donc compris, Charade est un chef d’œuvre, non par son histoire dont le spectateur ne se soucie guère, mais grâce à ses interprètes tous très bien dirigés par un cinéaste qui nous offre une mise en scène d’une élégance rare.

Ne ratez pas cette ressortie qui vous permettra d’admirer sur grand écran ce film empli de grâce et de séduction.

L.S.

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La critique de F. L.

Il y a des réalisateurs pour lesquels beaucoup de temps semble nécessaire pour que leur style visuel et leurs thématiques s’affirment. Mais il existe aussi des metteurs en scène dont « la valeur n’attend point le nombre des années », comme Satoshi Kon dont le talent nous a explosé à la figure dès son premier opus en 1997. Cinéaste à la carrière fulgurante, l’homme signera plusieurs chefs-d’œuvre comme Paprika, Millennium actess, ou encore Perfect Blue sur lequel nous allons revenir aujourd’hui. Satoshi Kon en dix ans aura profondément marqué le cinéma, repoussant les limites de l’animation pour nous offrir rien moins qu'une représentation graphique de l’âme humaine. Malheureusement, un cancer du pancréas foudroyant nous enlèvera ce talent unique. Pour autant, son œuvre continue à vivre, notamment à travers son influence sur des réalisateurs tels qu'Aronofsky (la scène de la baignoire dans Requiem for a dream) ou Nolan (qui a beaucoup pris à Paprika pour Inception, surtout dans la scène de l’ascenseur).

A l’origine, Kon se destinait au dessin et décida d'entrer à l’université d'art de Musashino, dans la banlieue de Tokyo, pour y parfaire son coup de crayon. Après la sortie d’un premier manga Toriko, il devient l’assistant de Katsuhiro Ōtomo sur sa série à succès Akira, publiée dans Young Magazine. En 91, il se lance en solo avec Kaikisen qui montre le balancement d'une société japonaise entre tradition et la modernité par le biais d’une ville portuaire. Ce manga écologiste nous montre un auteur au style affirmé dont le découpage des cases est extrêmement cinématographique.

Kon fait alors ses premiers pas dans l’animation avec Roujin Z, scénarisé par son mentor Otomo.  Il collabore ensuite avec Mamoru Oshii sur Patlabor 2, monument de la japanime qui mêle existentialisme et film d’espionnage. Il participe enfin au long métrage à sketchs Memories, toujours adapté des œuvres d’Otomo, où il occupe le poste de directeur artistique sur le segment intitulé Magnetic Rose. En 1996, il revient à la bande dessinée avec Opus, où il plonge l’auteur d’un BD dans sa propre création. D’une inventivité folle, ce manga inachevé, disponible en France, nous montre un maître de la narration qui renouvelle le 9e art en le déconstruisant.

Satoshi Kon a un rêve depuis son entrée dans l’animation : réaliser un long métrage. Un tremblement de terre à Kobe va l’aider dans cette entreprise en détruisant les studios où devait se tourner un long-métrage adapté du roman Perfect Blue de Yoshikazu Takeuchi. Les producteurs du film en manque d’argent vont alors décider d’adapter le livre sous la forme d’un dessin animé destiné au marché vidéo. Kon accepte la commande. Peu convaincu par le roman original, il demande une grande liberté pour l’adaptation. Il reçoit le feu vert s’il respecte le caractère policier de l’intrigue et garde son contexte : l’univers de la musique et plus particulièrement celui des idoles japonaises (jeunes artistes adolescentes très médiatisées, à l'image gaie et innocente).

Doté d’un petit budget, Perfect Blue est initialement destiné à la vidéo, mais il connaîtra une sortie en salles grâce aux nombreux prix reçus dans les festivals du monde entier. C’est un joyau de l’animation pour adultes que je vous invite aujourd’hui à découvrir ou redécouvrir.

Mais que raconte le film ?

Alors qu'elle a atteint le sommet de son art, la chanteuse Mima décide d'abandonner le monde acidulé de la pop japonaise pour entamer une carrière d'actrice. Elle accepte un petit rôle dans une série télévisée. Son agent, soucieux de transformer son image de star, pousse le scénariste de la sitcom à lui confier le rôle d'une femme violée au comportement schizophrénique. Selon lui, sa crédibilité d'actrice en sortira grandie. Mima a la sensation d'être épiée. Ses intuitions finissent par lui donner raison lorsqu'elle découvre l'existence d'un site Internet qui lui est entièrement consacré et qui dévoile tous les détails de sa vie....

Dès les premières minutes, Kon fait preuve d’une maîtrise formelle extraordinaire. Il unifie par l’intermédiaire d’une couleur, un regard ou encore un mouvement d’appareil, les différents espaces et temps du film ainsi que les différentes strates fictionnelles du récit (le rêve, les fantasmes des personnages, le tournage de la série par notre héroïne…). On peut rapprocher son montage du travail d'Alain Resnais sur Muriel ou Je t'aime, je t'aime. Pour autant son cinéma est moins théorique et plus sensitif que celui de l’auteur de Providence ou Smoking  / No Smoking. En effet, Perfect Blue ne cherche pas à échapper au cinéma de genre. Si Satoshi Kon déstructure le psycho-killer à la Psychose, il en respecte néanmoins les figures essentielles comme les meurtres violents, les scènes de nudité ou la recherche de l’identité du tueur.

Si Kon se différence du cinéma de genre traditionnel, c’est dans sa manière d’agencer son récit. La grande majorité des longs métrages sont organisés en scènes (unité de lieu) et séquences (unité d’action). Grâce à l’animation qui rend toutes les idées visuelles possibles, Kon va faire de Perfect Blue quasiment une seule et même séquence d’une heure et vingt minutes, qui réunit en son sein toutes les scènes habituellement séparées au cinéma. Cette narration est le reflet de la psyché de l’héroïne du film qui n’a pas d’existence propre. L’ouverture du film, où Kon ne montre jamais son visage à l’exception d'un reflet, est à ce titre symptomatique. Parce qu'en qualité de star éphémère de la pop japonaise, elle a été construite par son entourage, Mima se projette en permanence dans le regard des autres.  

Perfect Blue est au final l’histoire d’une adolescente qui essaye de construire son identité en tentant de faire ses propres choix. Son parcours dans le film devient indissociable du travail qu'elle effectue pour ne plus être soumise au désir de l’autre (des fans, du producteur…).

On pourrait discourir des heures des films de Satoshi Kon, analyser toutes les séquences de ses métrages et s’extasier devant tant d’intelligence. Néanmoins, ce serait oublier la grande force de son œuvre : sa clarté.


À l’époque où j’ai découvert Perfect Blue à Deauville en 1997, je ne connaissais pas les Idoles (les stars japonaises éphémères) ou le phénomène Otaku. Pour autant, le film avait réussi à me parler malgré ses références ésotériques à la culture japonaise. De la même manière, bien que très jeune, j’avais parfaitement compris la construction labyrinthique du film alors que Kon ne recourt à aucune explication orale comme dans Inception. J’avais été ainsi particulièrement sensible à la fluidité du récit et son intelligibilité malgré sa structure des plus originales à une époque où les Matrix n’étaient pas encore sortis. La maitrise de Kon est telle que certains spectateurs ne se rendent même pas compte à la vision du film de l’inventivité du récit, de sa manière d'entremêler rêve et réalité à travers de violents changements spatiotemporels. Grâce à l’animation et un talent unique, Kon rendait définitivement LOGIQUE L’IMPOSSIBLE !

Enfant de Hitchcock, Resnais ou Lynch, Satoshi Kon a été un réalisateur majeur du cinéma mondial, élargissant les possibilités du cinéma d’animation au-delà de nos rêves. Il nous manque tellement…

Mad Will

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La critique de F. L.

Thomas (Tim Kalkhof), pâtissier résidant à Berlin, s’éprend d’Oren (Roy Miller), un homme marié vivant avec femme et fils à Jérusalem, à l'occasion de la présence de celui-ci dans la capitale allemande pour mission professionnelle. Les deux hommes poursuivent alors une relation clandestine au rythme des voyages d’affaires berlinois du hiérosolymitain. Quand, du jour au lendemain, Oren devient injoignable, Thomas quitte tout pour mener l’enquête à Jérusalem et comprendre ce que cache le silence imprévu de son amant. Sa porte d’entrée sur l’univers d’Oren est le café que tient sa femme Anat (Sarah Adler) qui – le hasard faisant bien les choses ! – a justement bien besoin de cours de pâtisserie…

   Si le scénario a ses invraisemblances, il ne pèche en revanche pas par verbiage excessif. Laissant le temps au temps, le réalisateur montre l’amour naissant, grandissant, vacillant, à travers des regards et des gestes qui valent tous les aveux du monde. Les personnages centraux, quant à eux, tous deux doux et discrets, brillant davantage dans l’intimité que dans la sphère publique, suscitent facilement l’empathie du spectateur introverti.

   The cakemaker séduit également par son épicurisme. Homosexuel ayant grandi dans une famille religieuse, le réalisateur et fin gastronome Ofir Raul Graizer a décrété très tôt son droit d’inventaire pour ne garder que le meilleur de la tradition juive, c’est-à-dire la cuisine et l’art. Mêlant la pâtisserie allemande à la culture juive de la commensalité, il nous met l’eau à la bouche avec ses nombreuses scènes de préparation de gâteaux et de repas pris en commun, signant une histoire d’amour et de pâtisserie copieusement romanesque.

F.L.

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La critique de F. L.

Daphné a 31 ans mais on lui en donne 23. Elle se trimballe dans Londres, de bar en bar, de lit en lit, à la quête d’un sens à sa vie. Adepte de tous les excès, elle parvient tout de même à se maintenir dans un rythme professionnel, alternant ses escapades nocturnes avec son boulot de cuisinière dans un resto branché. Rigolote, cynique et désabusée, Daphné fait partie de cette jeunesse déglinguée qui, ne reconnaissant pas ses symptômes, refuse de se soigner. Lorsqu’elle est témoin d’un violent braquage dans une supérette, le traumatisme qu’elle en garde l’oblige à chercher un remède pour se libérer de certains démons. Au grand malheur de sa mère, Daphné est en effet du genre à se confier à un videur ou à une inconnue dans le bus plutôt qu’à un psy, mais peu importe, c’est en affrontant les sujets qui fâchent qu’elle se rapproche peu à peu de l’apaisement.

Pour son premier long métrage de fiction l’Ecossais Peter Mackie Burns dresse un triple portrait : celui d’une femme (jouée par l’étonnante Emily Beecham), d’une génération, et d’une ville, et plus particulièrement d’un quartier, Elephant and Castle, dans le sud de Londres. De ces trois ingrédients naît un film charmant, passant subtilement du tragique au comique, en fonction des humeurs de l’irradiante Daphné. Difficile de ne pas la comparer à son dernier alter ego français en date, Laetitia Dosch, la Jeune Femme de Léonore Serraille qui présente les mêmes caractéristiques de la copine un peu chiante et incontrôlable, mais complètement irrésistible. Le film ne repose cependant pas uniquement sur l’impressionnante performance de son actrice, mais sur l’ensemble électrique qu’elle forme avec un Londres sublimé à l’image de jour comme de nuit. En faisant le choix de se focaliser sur un quartier métissé rarement star du grand écran, Peter Mackie Burns est en harmonie avec son idée d’un cinéma underground dont les citoyens britanniques ordinaires sont les héros.

S.D.

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La critique de L. Schérer

   Quand son père (Lalit Behl) lui annonce que son heure est venue et qu’il veut vivre ses derniers instants dans un lieu dédié au salut de l’âme, Rajiv (Adil Hussain) s’affranchit pour quelques jours de ses responsabilités professionnelles et maritales afin de l’accompagner à l’Hôtel Salvation de Bénarès. Dans la ville sacrée où le père est venu mourir en paix, les deux hommes prennent enfin le temps d’apprendre à se connaître. 

   Hotel salvation charme par son authenticité et son humilité. A l’image de Bénarès, où les gens célèbrent la mort plutôt qu’ils ne la redoutent, le premier long-métrage de Shubhashish Bhutiani respire la sérénité. Même s’il aborde un bel éventail de thématiques existentielles, le réalisateur indien le fait sans jamais se prendre au sérieux. Au contraire d’un cinéma pompier et lacrymal, Hotel Salvation est parsemé de petits gags potaches qui désamorcent constamment tout esprit de sérieux. Dans la même optique, si la spiritualité est omniprésente, elle est davantage affaire d’atmosphère que de grands discours. Dans l’Hôtel du Salut à l’indienne, personne ne prêche de grandes diatribes mystiques. On se contente d’être attentif au présent et de laisser couler. C’est exactement ce que nous permet de ressentir le rythme méditatif que Shubhashish Bhutiani imprime à son récit. On se promène avec les deux protagonistes dans des décors aux couleurs pastels, sur un fond musical de sitar, et on en ressort apaisé.

F.L.

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