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La critique de madwill

Ni documentaire, ni fiction, The last family retrace l’histoire d’une famille polonaise sur une trentaine d’années (de 1977 à 2005) à travers le regard du peintre surréaliste Zdzislaw Beksinski. En effet, le réalisateur s’est appuyé sur des enregistrements sur cassettes audio, puis des images tournées en VHS par le peintre lui-même tout au long de sa vie. L’essentiel du film consiste donc en des prises de vues reconstituées à partir de ces archives. Le peintre est interprété par Andrezej Seweryn, (prix d’interprétation en 1987 à Berlin pour Le chef d’orchestre d’Andrezej Wajda) sa femme Zofia par Aleksandra Konieeczna, célèbre pour ses rôles au théâtre, et son fils Tomasz par Dawid Ogrodnik, acteur déjà multiprimé. Le récit montre une atmosphère mortifère, une famille dont tous les éléments finiront par disparaître comme si le réalisateur avait fait sien cet adage : la vie n’existe que parce qu’il y a la mort. Le peintre semble uniquement préoccupé de sa peinture, tous les autres sujets ne l’atteignant pas, sauf à être considérés comme des images à capter. Tomasz, le fils, célèbre animateur radio, ne pense qu’à réussir son suicide ou à se disputer avec son père. Cette distanciation entre le sujet et la vie crée une atmosphère étrange propice à la réflexion existentielle. Les personnages semblent hors temps et d’ailleurs une des choses étonnante est le peu de place que prend l’Histoire dans ce récit. Pourtant on connaît les événements qui ont conduit au passage de la Pologne du communisme au libéralisme et l’œil attentif ne manquera pas de déceler l’amélioration du confort dans l’appartement du peintre. Cette absence d’ancrage historique renforce encore l’aspect centro-centré des préoccupations familiales.  Mais ne retrouve-t-on pas ici finalement l’écho d’une métaphore parfaite de la société polonaise, nombriliste et dépressive ? Les peintures de Beksinski accrochées partout sur les murs des appartements du père et du fils, donnent au spectateur l’impression d’être immergé dans la création du peintre mais sans la comprendre vraiment, tout comme les images du film laissent au spectateur le soin d’interpréter comme il l’entend la vie de cette famille, mise à nu par cette incroyable quantité d’archives dont a disposé le cinéaste. L’art questionne plus souvent qu’il n’apporte de réponses. Cela est vrai pour toutes les pratiques artistiques, en peinture comme au cinéma.

Un premier film captivant, une vraie réussite.

L.S.

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La critique de madwill

Parce que l’armée vient de lui annoncer que son fils est mort au champ d’honneur irakien, Larry (Steve Carell) retrouve ses anciens camarades du Viêt-Nam, Sal (Bryan Cranston) et Mueller (Laurence Fishburne), pour leur demander de venir enterrer son rejeton avec lui. C’est l’occasion de retrouvailles amicales au goût forcément un peu amer…

Adapté du roman éponyme de Darryl Ponicsan, Last Flag Flying met en miroir les guerres du Viêt-Nam et d’Irak en faisant se rencontrer les vétérans de la première et les contemporains de la seconde. Loin de plomber l’ambiance en se perdant dans le dolorisme, le romancier, et le réalisateur Richard Linklater après lui, réussissent la gageure d’aborder ces tragédies sur le mode comique. Il faut dire que le trio de protagonistes de cette histoire n’est pas à piquer des hannetons. Semblant tout droits sortis du théâtre de Molière, Larry, Sal et Mueller, sortes de rejetons respectifs de Philinte, Alceste et Tartuffe, amusent donc par les nombreuses caractéristiques risibles de leurs personnalités un brin archétypales. L’atmosphère jobarde qu’instaurent leurs constantes chamailleries nous offre la réjouissante possibilité de réfléchir à des sujets aussi graves que les conséquences des mensonges d’Etat en temps de guerre ou la vanité de l’existence sans pour autant ressortir avec l’envie de se tirer une balle. Une hilarante petite bombe antimilitariste à savourer d’urgence !

F.L.

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La critique de L. Schérer

Dans l'Algérie actuelle, une vidéo YouTube fait fureur : un prêcheur promet aux bons musulmans qu'ils seront accueillis au Paradis par soixante-douze vierges qui leur seront ensuite éternellement dédiées. Interpelée par le succès d'un tel discours, une journaliste (Salima Abada) décide d'interroger des anonymes et des personnalités nationales sur leur conception du Paradis.

 Au lieu de compiler des interviews qu'il aurait faites lui-même, le réalisateur Merzac Allouache, par l'intermédiaire de cette simili-journaliste, entremêle fiction et documentaire en filmant la préparation et la réalisation de cette enquête par son personnage. Au niveau de la rigueur avec laquelle sont menées les entretiens, la démarche tient même plus de la sociologie que du journalisme. Ainsi, l'enquêtrice pose scrupuleusement les mêmes questions à ses différents interrogés, ce qui permet de comparer leurs différentes réponses. De même, elle acquiesce invariablement à leurs propos pour les mettre en confiance afin qu'ils dévoilent sans crainte le fond de leur pensée.

   Grâce à une question de départ qui endort la méfiance des interrogés, Salima Abada/Merzac Allouache peut glisser insensiblement de l'anecdotique au politique afin de débusquer, dans ce que disent les jeunes fanatisés ou les intellectuels émettant des analyses sur le phénomène, l'origine du succès des islamistes. Dans le même esprit que l'excellent Salafistes, qui s'intéressait de son côté aux fanatisés de Tombouctou, Enquête au Paradis est un précieux document de sociologie compréhensive, essentiel pour appréhender l'évolution du rapport au religieux dans notre XXIème siècle. Plus léchée que celle de son homologue malien, la photographie en noir et blanc de cette docu-fiction algérienne met joliment en valeur chaque interviewé. On apprécie également qu'en parallèle des entretiens de jeunes fanatisés, Merzac Allouache interroge des intellectuels de son pays qui fournissent des analyses de l'intérieur sur la consolidation de l'Islam politique en Algérie. Parmi eux, le très éloquent et désopilant Kamel Daoud, dont l'interview mêle si pertinemment la puissance de la réflexion à la jouissance de la dérision qu'elle vaut à elle seule le prix de la place pour assister à une passionnante Enquête au Paradis.

F.L.

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La critique de Vénérable Jean Michel

Quand Bernard Rose signe Paperhouse, il est surtout connu comme réalisateur de clips. Avec Paperhouse, il passe enfin au 35mm comme tant d’autres stars des films musicaux avant lui.

Quand on découvre le premier film d’un clippeur des années 80, on s’attend à une pléthore de mouvements d’appareils, une photo léchée une lumière fabriquée à partir de néons et un montage très rapide.  

On s’attend surtout à un film où le soin apporté à l’image est trop souvent en décalage avec le scénario. Et ce qui frappe dès les premiers plans de Paperhouse c’est la mise en scène presque austère de Rose. Ne vous inquiétez surtout pas le film est parfaitement cadré et regorge surtout dans ses séquences oniriques de magnifiques panoramiques ou travellings mais jamais la mise en scène de Rose ne prend le pas sur l’histoire qu’il raconte.

En aparté, pour les plus mélomanes d’entre vous, il est à noter que la très jolie musique du film est l’œuvre d’Hans Zimmer et de son mentor Stanley Myers qui lui mit le pied à l’étrier en le faisant collaborer à de nombreuses bandes originales. Quant au casting, on retrouve comme interprètes connus Ben Cross le héros des Chariots de feu et Gemma Jones dont le premier rôle au cinéma fut dans The Devils de Ken Russell.  

Mais que raconte Paperhouse ?

Petite fille solitaire et rêveuse, Anna découvre qu’elle peut entrer dans un monde parallèle, plus précisément dans une maison qu’elle a dessinée sur une feuille de papier. Elle y rencontre Marc, un garçon paralysé des jambes, qu’elle croit avoir créé. Les liens entre le monde réel et le monde imaginaire vont se resserrer, et le rêve va petit à petit virer au cauchemar surtout lorsque le père d’Anna, surgit dans ses rêves, armé d’un marteau…

Paperhouse, à l’instar des Sorcières de Nicolas Roeg ou Coraline d’Henry Selick (chroniqué par mes soins à cette adresse) est un film dont il est impossible de dire quel est le public visé. Tant ce conte d’apprentissage dans la lignée de La nuit du chasseur peut se révéler effrayant. C’est pourtant l’un des films les plus réussis sur l’enfance car il montre les zones d’ombre et de lumière qui caractérisent la psychologie préadolescente. Le film est adapté d’un roman anglais écrit sous l’influence de Dolto : Marianne Dreams de Catherine Stohrr, que la femme de Bernard Rose, l’illustratrice Anne Tilby a proposé à son amoureux comme sujet de film. Il faut noter qu’Anne Tilby dont les illustrations ont servi au département artistique du film, a travaillé avec un autre réalisateur anglais avant Rose. Et si vous avez bien lu ce dossier, vous devinez de qui je parle : Ken Russell !

Bernard Rose met en scène une petite fille qui doit petit à petit reprendre le contrôle sur ses pulsions pour évoluer. Par l’intermédiaire de la figure du croque-mitaine qui prend le visage du père absent, il caractérise la violence que représente l’adolescence symbolisée par la maison de papier qui est le théâtre d’un affrontement entre le désir de rester enfant et la nécessité de devenir adulte. Avec une réelle pudeur, le cinéaste illustre son propos par petites touches comme dans cette scène où la petite fille se maquille avec une camarade avant de décider de faire une partie de cache-cache.

Si l’œuvre est empreinte de freudisme, elle ne se limite pas à ça car Paperhouse est avant tout une œuvre artistique au sens le plus noble du terme qui réfléchit sur la création. A travers les dessins de la petite fille qui agissent sur le monde des rêves, Rose souligne l’importance de l’acte artistique pour se libérer de ses pulsions et de ses peurs. Le réalisateur anglais dans les scènes de rêve propose un univers onirique visuellement marquant grâce à des décors entre les peintures d’Hopper avec des fausses perspectives à la Escher.

Le film se révèle à ce titre fascinant par sa capacité à nous faire passer de la peur, à la tristesse, sans oublier une profonde mélancolie. Rose arrive à nous faire passer du monde onirique des rêves de la petite fille à la réalité de son existence grâce à la photographie, le son ou encore un détail dans le décor. Le réel et l’imaginaire ne s’opposent jamais, mais se complètent et forment un récit d’une rare cohérence.

Bernard Rose alors jeune réalisateur fait preuve d’une aisance visuelle hors-norme servie par une vraie sensibilité. On peut noter dans ce film singulier, son goût pour le mélodrame qui sera conspué par la suite par de nombreux critiques allergiques à son romantisme exacerbé.

Paperhouse a marqué de nombreux cinéastes inspirant des œuvres telles que Le Labyrinthe de Pan ou Tideland. Si vous n’avez jamais vu cette perle du fantastique anglais, précipitez-vous ! Le DVD ou Blu-ray du film est distribué par Metropolitan Filmexport.

Malgré un accueil enthousiasme dans les festivals, Paperhouse n’est pas un succès public, surtout que son distributeur Vestron déteste royalement le film le trouvant trop intellectuel à son goût ! Néanmoins, l’aura critique du film fait de Bernard Rose un cinéaste à suivre. On attend alors que le cinéaste s’attaque une nouvelle fois au fantastique qui lui réussit bien. Eh bien non !

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La critique de Vénérable Jean Michel

En 2015, date de la sortie du film, Bernard Rose a été oublié par de nombreux cinéphiles. La plupart de ses dernières réalisations n’ont tout simplement pas été distribuées dans notre beau pays que ce soit en salle ou même en DVD.

Son dernier film Frankenstein doté d’un petit budget (environ 3 millions de dollars) réunit devant la caméra, Xavier Samuel vu dans Twilight et chez Anne Fontaine, Carrie-Anne Moss popularisée par Matrix et Danny Houston vieux compagnon de route de Rose. Après sa quadrilogie autour de Tolstoï en numérique, Bernard Rose s’attaque de nouveau à un chef-d’œuvre de la littérature : le Frankenstein de Mary Shelley iconisé au cinéma grâce aux films de James Whale avec Boris Karloff.

Plaçant fébrilement le DVD dans ma PS3, je m’interrogeais sur la capacité de Rose à réinventer un classique du cinéma. Après une heure et demie de film, la réponse était simple :  le cinéaste de Candyman signe l’une des meilleures adaptations de Frankenstein tout simplement.

Dans sa version du mythe, la créature s’appelle Adam et arrive au monde sous le regard émerveillé de ses créateurs, un couple de scientifiques. Adam est beau et fort, mais très vite son corps montre des signes de mutation des plus horribles. Ses créateurs finissent par le délaisser avant de décider finalement de l’euthanasier au fur et à mesure que son corps se désagrège. Refusant de mourir, Adam s’enfuit.

Si Shelley voulait en son temps écrire un Prométhée moderne, Rose en tant qu’humaniste n’est pas forcément intéressé par le caractère scientifique du mythe de Frankenstein. En nous plaçant, dès les premiers plans dans les pas de la créature grâce à une mise en scène qui multiplie les cadres serrés, il nous fait ressentir la violence avec laquelle le monde reçoit Adam. De ce fait, certains spectateurs se sont plaints de la présence réduite des scientifiques qui disparaissent au bout de dix minutes de film. Ce choix est pourtant d’une grande logique pour un Rose qui nous conte la chute d’un homme dont la mutation corporelle est l’illustration d’un déclassement social. Sous ce soleil écrasant de Californie, les sans-abri, les asociales sont devenus des monstres de sociétés modernes qui rejettent la différence. Très vite, ce beau film devient l’errance d’un homme rejeté par ses pairs dans un Los Angeles décadent où la misère transparaît à chaque plan. On retrouve ainsi avec plaisir l’acteur Tony Todd dans le rôle d’un joueur de blues aveugle. Le croquemitaine de Candyman joue à nouveau un laisser pour compte qui sera le seul à offrir son amitié à Adam. Ce personnage de joueur de blues noir est en effet la seule personnalité réellement humaine d’un monde gangréné par l’image de soi et l’argent.

Certaines âmes sensibles ont reproché sa violence au film. Je leur rappellerai alors les propos d’un Jodorowsky qui disait qu’un artiste devait avant tout faire une œuvre pour pousser ses spectateurs à vouloir changer le monde. Rose, tel un équilibriste, emploie le gore non pour choquer, mais pour nous déstabiliser. À travers l’identification à la créature qu’il opère, il multiplie les images-chocs pour nous faire réagir et nous montrer les limites de notre moralité quant aux agissements de la créature.  Il se situe ici dans les pas d’un Cronenberg qui utilisait le gore pour dénoncer une société aucunement civilisée.

Malgré certaines libertés prises avec le roman, Rose arrive à travers cette version du mythe à être fidèle à Mary Shelley dont il est l’un des seuls à reprendre véritablement les mots à travers la voix off de la créature.

Indépendant, unique, bouleversant, touchant, poétique, violent, ce Frankenstein est un magnifique mélodrame sanglant sur la différence.

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La critique de madwill

Alors que des slashers emblématiques comme Halloween, Jason ou Freddy ont déjà terrorisé le public depuis la fin des années 70 et façonné des figures qui deviendront incontournables, le déroutant Bernard Rose impose lui aussi un boogeyman dans l’histoire du cinéma d’horreur avec ce Candyman, sorti en 1992.

Adaptation d’une nouvelle de Clive Barker intitulée Lieux interdits (The forbidden), le film met en scène Helen Lyle (Virginia Madsen), une étudiante à l’université de Chicago qui rédige une thèse sur les légendes urbaines. Au cours de ses recherches elle découvre le récit du Candyman (Tony Todd), un fantôme vengeur que l’on invoque en disant cinq fois son nom dans un miroir et qui hante le quartier pauvre de Cabrini Green en assassinant ses habitants. Après une nouvelle victime, Helen Lyle se rend sur place pour enquêter.

Légende urbaine en forme de faux slasher mais aux vrais aspects romantiques, gothiques et sociaux, Candyman est une œuvre protéiforme. Alors que Lieux interdits se déroule initialement à Liverpool, Rose décide d’implanter son film à Chicago, prenant comme décor le quartier pauvre de Cabrini Green pour raconter cette légende urbaine du Candyman, un ancien esclave noir torturé à mort pour une histoire d’amour avec une blanche. En prenant pour thème ce mythe et en l’ancrant dans un ghetto, Rose donne volontairement au film une dimension sociale forte. Évidemment, il n’est pas le premier à utiliser du genre comme vecteur politique (au hasard Romero ou Hooper) mais les années 80 ont eu tendance à dévoyer le genre horrifique en le vidant de sa substance contestataire. Candyman retrouve quelque part cet écho politique avec cette idée d’un croquemitaine noir, ancien esclave qui punit les placardisés.

Le film qui apparait en filigrane comme un violent réquisitoire était pourtant dans le collimateur de la NAACP, une organisation américaine de droits civiques luttant notamment contre le racisme. Le pitch d’un spectre noir qui assassine ses victimes dans un quartier pauvre avait provoqué une levée de boucliers. Pourtant le film délivre au contraire le message inverse et balaye finalement toutes critiques de ce côté-là. Le personnage joué par Tony Todd incarne le racisme et sa condition est le résultat de la logique discriminatoire poussée à son paroxysme. Rose et Barker enfoncent le clou en associant cette sombre histoire des États-Unis avec les quartiers défavorisés et les déclassés sociaux. Paradoxe, Candyman explique qu’il peut mourir si les gens oublient la légende. Un cruel devoir de mémoire qui résume bien l’antinomie du film. Ne pas oublier l’esprit vengeur pour comprendre ce qui l’a entrainé là c’est aussi s’obliger à se souvenir du sang que la ségrégation a sur les mains...

 

L’idée est d’autant plus forte que ce sous-texte politique brulant ne vient jamais paralyser le film et l’enfermer dans un discours moralisateur. La mise en scène de Bernard Rose dose parfaitement ses effets et donne magistralement corps au talent de Clive Barker, l’enfant terrible du fantastique britannique, qui scénarise ici sa propre nouvelle et participe à l’une des meilleures adaptations de son œuvre. Épaulé par la musique de Philip Glass, un score entêtant et très mélancolique qui deviendra célèbre, le film façonne une ambiance complexe, qui oscille entre épouvante et romantisme.

Car si l’horreur fonctionne parfaitement, on trouve en effet des tonalités plus sentimentales. Le passé tragique de Candyman assassiné pour une aventure amoureuse et la relation qu’il entretient avec Helen forment une intrigue ambiguë puisque lui semble vouloir l’emmener avec elle et pourtant la manipule comme un pantin. (début SPOILER) On note d'ailleurs que la mise en scène fait jusqu’au bout planer le doute sur la santé mentale de Helen. Impossible de savoir si le tueur existe vraiment et le film est construit de telle manière que la potentielle schizophrénie du personnage de Virginia Madsen n’est pas à exclure (fin SPOILER). Une idée renforcée par la récurrence des miroirs, motif gothique assez classique en la matière.

Côté casting, Tony Todd, après une prestation intéressante dans La nuit des morts-vivants de Savini trouve un rôle parfait qui le propulsera en tant figure de l’horreur. De son côté Virginia Madsen compose un personnage multifacette mystérieusement équivoque.

Avec un budget de 8 millions de dollars, le film en rapportera 25 millions et reste plus de 25 ans après, un incontournable qui devrait inciter les cinéphiles qui ne l’ont pas encore fait à se pencher sérieusement sur la filmographie de Bernard Rose.

Thomas

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La critique de L. Schérer

   Fils et élève idéal, Buster Keaton excelle dans les matières scientifiques et littéraires mais méprise l’exercice physique, qui lui paraît grossièrement prosaïque. Par amour pour une coquette que les exploits sportifs impressionnent, il va mettre beaucoup de bonne volonté à tenter de devenir un athlète. Sa gaucherie n’en disparaît pas pour autant miraculeusement…

   Le scénario de Sportif par amour est l’occasion pour Buster Keaton, enfant de la balle, de montrer l’étendue de son habileté corporelle. En effet, tomber ou feindre la maladresse nécessite paradoxalement d’avoir une maîtrise parfaite de son corps. Le film est également l’occasion d’apprécier la subtilité de l’humour développé par Keaton, qui résiste à la facilité de la farce. Contrairement à Charlie Chaplin, il ne se gausse jamais lui-même de ses clowneries pour attiser un rire de contagion. Le comique naît donc moins d’une connivence joyeuse, que d’une affection tendre face à son personnage toujours décalé malgré lui.

   Film à chutes mais aussi à chute, Sportif par amour est remarquablement bien construit. Les différentes séquences comiques que le film égrène sont ainsi reprises et condensées dans la scène finale, véritable jeu de dominos au service d’une jolie image poétique : l’amour donne des ailes.

F.L.

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La critique de Vénérable Jean Michel

En ces temps de présidence jupiterienne et de métropolisation à marche forcée, le documentariste Daniel Cling a le bon goût de faire revivre la mémoire du passionné et passionnant mouvement de décentralisation qui anima le monde du théâtre de l’après-guerre à l’arrivée au pouvoir des socialistes. Pour ce faire, il s’est adjoint un complice partie prenante de l’aventure au Théâtre National de Bretagne, le comédien Philippe Mercier, à qui il a confié la plaisante tâche d’interroger ses anciens camarades d’avant-garde. Pour en reproduire fidèlement l’esprit, Daniel Craig a pris soin de nous faire entendre des voix diverses qui reflètent la multiplicité des talents composant une troupe. Contrairement au tournant que prendra la politique culturelle dans les années quatre-vingt, les metteurs en scène n’y ont donc pas une place plus importante que les acteurs et les régisseurs. Suivant la même logique, par souci de faire entendre des voix qui n’ont pas encore été entendues, le documentariste a sciemment éludé les quelques rares figures que l’on associe spontanément à cette aventure pourtant si foncièrement collective.

Si les témoignages des divers acteurs de la décentralisation du théâtre sont d’abord émouvants tant ils respirent l’enthousiasme de l’époque et ce qu’il en reste de nostalgie, ils possèdent également un intérêt politique majeur. Le montage chronologique des témoignages dessine une histoire culturelle de la France telle qu’on l’a souvent trop peu en tête, telle qu’elle est aussi trop peu enseignée. Une aventure théâtrale comble salutairement le vide, et se révèlera un outil pédagogique de premier choix pour rendre palpable les conditions qui permettent le déploiement d’une offre culturelle sur tout le territoire français, mais aussi celles qui en freinent finalement le mouvement. Comme toujours, cette connaissance historique ouvrira la possibilité aux futurs citoyens d’être inspirés par ce que leurs ancêtres ont accompli de plus généreux et de combattre les politiques réactionnaires qui viendraient le menacer.

A découvrir délicieusement donc, puis à diffuser autour de soi sans réserve !

F.L.

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DEAD ZONE de David Cronenberg

Sorti en 1983, ce 9e long métrage réalisé par David Cronenberg est sans doute l’un des films les plus marquant sur l’association entre le fantastique et le politique.

Après un terrible accident de voiture qui l’a laissé 5 ans dans le coma, Johnny Smith a développé une vision extra lucide : il est capable en touchant quelqu’un de connaître son avenir ou son passé. Au même moment dans la petite ville de Castle Rock, un tueur en série enchaine les victimes.

Dead Zone est une œuvre importante dans la carrière de Cronenberg.  Souvent citée comme son premier film grand public et américain, cette réalisation est également très intéressante en termes d’évolution narrative et de récit. Si la mise en scène reste sobre en comparaison du reste de sa filmographie (à l’exception d’une scène au ciseau où l’on retrouve la patte du maitre en 2 plans) c’est plutôt du côté du récit et de sa structure sur l’évolution morale du personnage que l‘œuvre séduit et que l’on peut retrouver les thèmes de Cronenberg (contamination du corps, nouvelle perception de la réalité) alors même qu’il n’a pas touché au script. En effet Dead Zone est un film de commande, piloté par la Paramount. À l’époque Cronenberg est auréolé du succès de Scanners mais a fait un four total avec l’incroyable Vidéodrome. Il accepte alors cette adaptation d’un roman de Stephen King produit par Dino de Laurentis et Debra Hill pour 10 millions de dollars. Le film en rapportera le double et donnera lieu à un téléfilm et une série dans les années 2000.

Le récit de King préfigure déjà son génial 22.11.1963 (même si au lieu de changer le passé le héros tente de modifier l'avenir) et aborde cette question classique de philosophie sur l’opportunité de tuer quelqu’un avant qu’il ne commette un crime.

Dead Zone travaille avec l’évolution morale de son personnage la question du don et de ses conséquences. Johnny Smith est un homme brisé qui a tout perdu après 5 années d’absence. Son corps est en miettes et cette faculté extra lucide qui le place au-dessus de ses semblables est un fardeau. La frontière entre clairvoyance et aliénation mentale est fine et notre Johnny Smith présenté comme une bête de foire finit par se réfugier dans la solitude. C’est sans compter sur le destin qui va placer sur sa route des événements tragiques qui remettront son pouvoir au centre de sa vie. La mise en scène très classique abrite un récit initiatique captivant qui vient confronter la vision du héros (déontologie/conséquentialisme) en lui opposant d’abord un tueur en série puis un politique démago et populiste dont l’impulsivité menace l’humanité.

Servi par un Christopher Walken très juste en medium tourmenté et par un Martin Sheen terrifiant en Trump avant l’heure, Dead Zone est un écho glaçant de notre époque qui vaut le détour pour sa structure dramatique impeccablement maitrisée et son final poignant.

Thomas

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La critique de L. Schérer

   Voilà un film de boxe qui s'intéresse, non pas à un super champion, mais à un amateur au plus beau sens du terme : celui qui, qu'importe qu'il gagne ou qu'il perde, continue à pratiquer son sport parce qu'il l'aime. Les spectateurs passionnés de boxe ne seront donc pas déçus. Des combats, il y en a à foison, puisque le personnage principal (Mathieu Kassovitz) est ''sparring'' : il sert de punching ball vivant à un favori préparant un championnat. De plus, par bonheur, le réalisateur Samuel Jouy les filme judicieusement, préférant souvent le plan large au gros plan, ce qui nous permet de bien suivre l'évolution du combat et d'appréhender la stratégie de chaque lutteur. En effet, bien loin d'être présentée comme un sport décérébré, la boxe apparaît ici comme un art dans lequel la tactique est reine ; ce qui tombe bien pour notre personnage principal qui est davantage fin psychologue qu’épais bouledogue.

   Émouvante ode à ces perdants magnifiques sans lesquels les magnétiques gagnants ne pourraient exister, Sparring est aussi l'histoire belle, universelle, d'un père qui souhaite que sa fille soit assez fière de lui pour avoir ensuite suffisamment confiance en elle. Toujours aussi fin dans son jeu, Mathieu Kassovitz est parfait en vrai tendre et faux timide. Il est parfaitement accompagné par les actrices qui interprètent sa femme et sa fille, Olivia Merilahti (également compositrice de la bande originale) et Billie Blain, toutes deux très justes.

   Une douceur d'authenticité.

F.L.

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