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La critique de madwill

The Party est la synthèse de la collaboration de deux génies de la comédie. D’une part, nous retrouvons Blake Edwards, maître du divertissement raffiné qui n’oublie jamais de façon détournée de critiquer ses semblables. Ce réalisateur œuvra pendant près de 40 ans à Hollywood signant des perles telles que Diamants sur canapé, Victor Victoria ou encore Boire et Déboires.  Sa mise en scène élégante nous a ainsi offert parmi les scènes les plus tordantes du 7ème art. Le cinéaste avait recours à l’humour contre la morosité ambiante et déclarait à ce propos: « J’ai eu une enfance pourrie. Le seul moyen de m’en sortir, c’était de trouver le côté comique de la tragédie, de chercher le bonheur dans ce qui me rendait malheureux ». The Party met en scène son acteur fétiche Peter Sellers. Comédien aux personnalités multiples,  son jeu d’acteur reposait avant tout sur le contrôle de son corps. Victime de plus d’une quarantaine d’attaques cardiaques, sa capacité à s’immiscer dans les rôles qu’on lui offrait fut vécue par Peter Sellers comme une malédiction. Souffrant d’addictions multiples et de troubles psychiques, ne vivant que pour son art, il était obnubilé par le travail de sa voix et de sa posture physique pour déclencher les zygomatiques des spectateurs.

The Party est  une incarnation du 7ème art où la mise en scène et le montage sont d’une incroyable précision et évoquent Jacques Tati. Le script du film ne faisait que 60 pages, mais les cadrages d'Edwards et la liberté d’expérimentation qu’il offre à Sellers dans le rôle d’un acteur indien perdu dans une soirée d’Hollywood ont définitivement plus d’impact qu’une centaine de pages de scénario.

The Party, ce sont des souvenirs d’éclats de rire. On se rappelle évidemment de cette séquence où une chaussure voyage dans toute la maison. On rit encore de ce serveur totalement alcoolisé ou d’un Peter Sellers avec son clairon en ouverture. Le film est une leçon de mise en scène, la caméra est placée exactement au bon endroit pour capter les actions comiques. Les dialogues sont réduits à leur plus simple expression. Edwards marche ici dans les pas d’un Hitchcock. Chaque plan communique avec le spectateur et crée une situation comique. De plus, Blake sait ménager son rythme au même titre que le maître de suspens qui usait des scènes-chocs, mais avec parcimonie pour ne pas amenuiser leur impact.

À l’image de sa bande originale signée Mancini, le film entretient de forts liens avec le jazz. Le réalisateur en chef d’orchestre dirige les improvisations des acteurs selon un canevas efficace qui permet à chacun de trouver sa place que ce soit le soliste surdoué Peter Sellers ou les autres comédiens voire les figurants qui participent également à la réussite du film.

Peter Sellers est magnifique en Hrundi V. Bakshi, il est l'incarnation d’une certaine pureté dans un Hollywood carnassier où il réussit à trouver l’amour avec une jeune actrice française. The party est une fête à ne pas manquer grâce à Splendor Films !  Bonne séance !

Mad Will

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La critique de madwill

A la fin du XVIIIe siècle, Don Diego de Zama, magistrat espagnol reclus dans une région anonyme de l’Amérique latine, attend sa mutation pour Buenos Aires. Isolé, il est la risée de tous les locaux qu’il tente tant bien que mal de dompter. Les occupations sont rares et le corregidor, perdant patience, il décide de se joindre à une expédition militaire à la recherche d’un bandit qui terrorise la région.

Bien qu’il soit par ses costumes et décors ancré dans une période et un contexte déterminé (celui du colonialisme espagnol en Amérique du Sud), le film ne se veut pas tellement être une fresque historique, mais plutôt le portrait d’un personnage qui sombre dans la folie. Zama porte le « fardeau de l’homme blanc », il est méprisé de tous et s’ennuie terriblement. Sa famille est loin et sa frustration sexuelle ne fait que de s’agrandir à cause de Luciana, l’aristocrate blanche et sensuelle qui s’amuse à le repousser. Alors pour s’occuper, Zama fait régner l’ordre chez les autochtones, en distribuant coups et punitions, contribuant ainsi aux clivages entre blancs et indigènes et à l’asservissement de ces derniers. Les deux mondes sont parfaitement distincts et pourtant doivent cohabiter sur le territoire ainsi qu’à l’image. Pour cela, la cinéaste Lucrecia Martel a recours à une mise en scène remarquable. Nous retrouvons souvent Zama enfermé entre les quatre murs de sa modeste baraque ou dans les salons faussement clinquants de Luciana, qui ouvrent tous deux portes et fenêtres sur le peuple. Ainsi, il se passe une deuxième scène au second plan, où l’on observe les habitudes des natifs du village ou les allers-retours d’un grand lama blanc. Si cette technique parvient à agrandir l’espace, elle n’atténue par pour autant la sensation de confinement du misérable Zama.

On pourrait discerner deux parties dans le film. La première qui dépeint l’ennui du corregidor dans son médiocre petit monde colonial qui fantasme l’Espagne, mais n’a aucun courage pour tenter de la rejoindre et se contente d’exercer son peu d’autorité sur les plus faibles, et une deuxième, bien plus énigmatique, où le magistrat quitte le village pour rejoindre la pampa, lorsque Zama se donne la mission de retrouver le redoutable bandit. Le long des grands fleuves, à travers les champs de hautes herbes, il est à son tour malmené et assiste aux rituels des Guarani, flamboyants et sublimés par Lucrecia Martel, qui fait de ces derniers instants du film une échappée onirique et démente.

Zama est un film étrange, parfois indéchiffrable, qui nous plonge dans le même état halluciné et égaré que celui de son protagoniste. On le quitte tout aussi déboussolés, mais avec le sentiment d’avoir participé à un voyage grandiose.

S.D.

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La critique de madwill

Entre quatre murs bétonnés du siège du PCF de Colonel Fabien transformé par Quentin Dupieux en commissariat de police, Fugain (Grégoire Ludig avec une belle moustache à la Magnum) est interrogé par le commissaire Buron (Benoît Poelvoord) à propos d’un cadavre retrouvé. Le pauvre Fugain semble avoir été au mauvais moment au mauvais endroit et malgré l’attente et la faim qui se profile, il ne coupera pas à l’interrogatoire interminable du commissaire.

L'enquête, Dupieux s’en contrefiche et l’utilise comme prétexte à des dialogues comiques et absurdes dont il a le secret : « c’est la première fois que je voyais un cadavre », confie l’accusé, « alors comment saviez-vous que c’en était un ? » rétorque le flic. Le film devient un match de répliques entre les deux hommes, qui peuvent être interrompus par Philippe, le lieutenant borgne (Marc Fraize) à qui il arrive un malheur, ou Fiona, sa femme à l’accent du Nord qui le cherche désespérément (Anaïs Demoustier).

Dix ans après Steak, Quentin Dupieux, également connu sous le nom Mr. Oizo, revient à une production totalement française pour y exploiter pleinement sa langue natale. Au poste ! est un film soigneusement écrit qui joue avec le langage (« gardez un œil sur lui » dit Buron à son collègue borgne) et qui en fait aussi une de ses thématiques. Buron est agacé par le tic de ses collègues qui ne cessent de ponctuer leurs phrases par « c’est pour ça », et discute l’absurdité de certaines expressions comme « changer d’air ». Bien que l’affiche du film soit inspirée de celle de Peur sur la ville, ici pas de courses poursuites dans le métro ni de cascades sur les toits de Paris, Poelvoord et Ludig restent cantonnés au commissariat à échanger des bons mots.

De temps en temps, ils quittent le bureau pour s’aventurer dans la mémoire de Fugain qui raconte la nuit du crime. Une fois de plus, Dupieux envoie paître les conventions narratives et laisse les personnages du présent s’incruster dans les flash-back du faux-coupable et va jusqu’à se permettre dans un coup de théâtre final, une mise en abime totale pour le spectateur.

« La nuit va être longue » répète Buron. Pourtant le film est expéditif, 1h13, car Dupieux l’a bien compris, les plaisanteries les plus courtes sont souvent les meilleures.

S.D.

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La critique de madwill

Dans Tully, son septième long métrage, Jason Reitman (Thank you for smoking, Juno), persévère dans son analyse des relations familiales et de la dichotomie de l’être humain en s’attachant à Marlo (Charlize Théron), une quadra surmenée qui a fort à faire sa petite dernière Mia alors que son fils Jonah, petit être « singulier » ne lui rend également pas la tâche facile.

Le film exprime les fatigues et les angoisses d’une quarantenaire, entre un boulot pas très palpitant, une routine familiale fatigante, et un conjoint pas vraiment solidaire concernant les tâches du quotidien.  Cette mère surmenée n’est pas soutenue alors qu’elle doit faire face à de multiples problèmes et au manque de sommeil.

C’est dans ce contexte qu’elle embauche une « nounou de nuit » Tully (Mackenzie Davis), afin de pouvoir dormir et souffler un peu.

Le scénario est bien construit, assez surprenant au final car si l’on hésite au cours du long-métrage entre une histoire à la The servent puis à la Théorème, le réalisateur nous propose une troisième voie qui permet au spectateur de s’interroger à la fois sur la construction du récit et sur la condition des femmes.

On ne s’ennuie pas, même si le début semble un peu lourd, le réalisateur insiste en effet dans la première partie sur la fréquence des réveils de la petite Mia qui seront la principale raison de l’épuisement maternel. Charlize Théron, encore une fois, réalise une grande performance d’actrice, son interprétation rendant le personnage de Marlo très attachant et le crédibilisant complètement. Elle permet par sa seule présence de transcender les qualités cinématographiques du film dont la grammaire est par ailleurs des plus classiques.

Au final, un long-métrage qui pose de façon originale la répartition des tâches familiales et l’équilibre de celles-ci.

L.S.

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La critique de L. Schérer

Des 350 heures de pellicule tournées entre 1976 et 1981 par Claude Lanzmann dont il a notamment tiré Shoah, Sodibor et Le dernier des Injustes, certains témoignages avaient été laissés de côté. Parmi eux celui de quatre femmes sont montés trente-cinq ans plus tard : Les Quatre Sœurs.

Ces femmes ne partagent pas les liens du sang mais celui d’avoir traversé la même horreur durant la même période. Quatre survivantes, quatre orphelines, d’origines différentes, qui racontent à la caméra de Claude Lanzmann de quoi furent faites ces années de guerre en tant que femmes juives.

Elles expriment, de manière très précise et sans effusion (ou presque), le récit de leur arrivée en camp de concentration, la séparation d’ avec leur famille qu’elles ne reverront jamais, ou pire, qu’elles auront vu mourir sous leur yeux. Il y a longtemps que les langues des rescapés se sont déliées pour raconter l’enfer, mais chaque nouvelle parole prononcée ici par les survivantes vient piquer le cœur et pétrir les tripes de ceux qui écoutent.

Sans artifice, sans musique, Claude Lanzmann sublime ses sujets qui narrent le passé en les incrustant dans leur présent. Ainsi on rencontre Paula Biren, Ruth Elias, Ada Lichtman et Hanna Marton chez elles, dans le bruit ambiant de leur maison.

Il y a d’abord Ruth Elias, protagoniste du premier épisode Le serment d’Hippocrate dont le récit, sans doute le plus terrible, même s’il est impossible de hiérarchiser ces maux, est interrompu par une chanson qu’elle interprète à l'accordéon, qu'elle entonnait en tchèque à Terezín : « Nous rentrerons chez nous / Et rirons des ruines du ghetto » en pensant ne jamais s’en sortir. Mais ces quelques notes de musique qui distrayaient ses compatriotes de l’époque ne rendent pas plus joyeux son passage à Auschwitz et sa rencontre avec l’impitoyable Josef Mengele.

La Polonaise Ada Lichtman retrace dans La Puce joyeuse, sa déportation à Sobibor, où elle récupérait les poupées des enfants juifs pour les retaper afin que les SS puissent en faire des cadeaux à leur progéniture. Ce « passe-temps » elle l’a conservé, puisqu’elle manipule encore des jouets pendant l’interview, tandis que son mari, lui aussi ancien déporté, se tient à ses côtés, muet, vide, détruit.

Paula Biren est une femme élégante, rebelle, qui dans Baluty, refuse de répondre à certaines questions de Lanzmann. Chaque histoire est unique et son refus de répondre n’est pas de l’impertinence mais la volonté de respecter les douleurs d’autrui, et de ne jamais s’exprimer à leur place. Affectée à la police du ghetto de Lodz en Pologne, elle aborde la culpabilité dont elle souffre aujourd’hui d’avoir servi le régime allemand, et d’être une survivante parmi les morts. Elle rejoint sur ce point le dernier témoignage, L’Arche de Noé, dont Hanna Marton a fait partie. « Heureuse » élue d’un convoi libre négocié avec Eichmann, cette Hongroise a échappé de peu à la mort certaine. Elle raconte avec une précision extrême le déroulé de son périple grâce à un carnet qu’elle garde précieusement, pour ne rien oublier. Au dessus d’elle un portrait de son mari décédé un an et demi auparavant l’observe et lui fait verser la seule larme des Quatre Sœurs.

Avec ces quatre témoignages bouleversants, Claude Lanzmann donne enfin la parole aux martyres juives, quasiment absentes de Shoah. Mais on comprend aujourd’hui pourquoi. Elles méritaient ce film à part entière.

S.D.

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La critique de L. Schérer

Naissance d’un auteur ?

Autant les deux premiers films en tant que réalisateur de John Krasinski n’avaient pas enthousiasmé la critique (La famille Hollar est disponible en VOD) autant Sans un bruit apparaît comme un film très recommandable au regard de son originalité, quand bien même nous pouvons noter quelques incohérences dans le scénario.

En 2020 le monde est à la merci d’aliens qui déciment la population. Originalité : ils sont aveugles et sans odorat, mais ont une ouïe surdéveloppée. Plus dangereux et rapides que les zombies, ces monstres à la croisée de l’Alien et du Predator semblent indestructibles. Les références au cinéma dans le long-métrage sont multiples et discrètes, à l’instar d’une scène en sous-sol qui rappelle furieusement La guerre des mondes de Spielberg.

Le synopsis est simple : Le film suit la survie d’une famille de la campagne américaine dont les parents sont interprétés par le couple, à la ville comme à l’écran, John Krasinski et Emily Blunt.

Sans y voir jusqu’à la métaphore d’une société dans laquelle la parole est de plus en plus critiquée, censurée, il est indéniable que ce film est à contre-courant du cinéma d’horreur contemporain qui abuse des effets sonores stridents et des « jump cut » (deux plans dont les cadrages sont proches qui donnent une sensation de saut sur place).

Une heure trente sans un bruit (ou presque) donc, pendant laquelle le scénario est obligé de prendre de l’épaisseur, ne pouvant s’appuyer sur les effets susnommés. Nous assistons pendant le prologue à la mort d’un des enfants due à son appétence pour un jouet électronique (société de consommation). Le long métrage met en avant la nécessité de réinventer un nouveau langage dont la finalité est l’accouchement non sans douleur, mais sans un cri d’un nouvel être qui sera le premier de cette nouvelle société pour laquelle se sera sacrifié le géniteur.

L’homme moderne privé des bruits de la nature n’est plus capable de vivre dans un silence propice à la réflexion. Une nouvelle société est à construire par-delà la pollution sonore imposée par les machines (au premier rang desquels trônent les moyens de transport) ou par nous-même avec nos écouteurs en permanence rivés aux oreilles qui excluent les autres. C’est dans ce cadre que le moment où l’homme et la femme partagent un morceau de Neil Young est un vrai bonheur. La musique retrouve son prix, celui d’un moment volé, privilégié, et non plus une bouillie en fond sonore.

D’autre part, et sans vouloir divulgacher la fin, il est intéressant de noter que les femmes ont au final le premier rôle. C’est l’association mère fille qui fait avancer le récit. Doté d’une lucidité défaillante, l’homme avait entre ses mains toutes les données pour lutter contre les aliens, mais qu’il n’a pas su s’en servir, au contraire de son épouse et fille. Nous sommes loin donc de l’archétype du héros testostéroné, voir de l’héroïne mutée en warrior, puisque la femme est montrée comme épouse et mère cherchant avant tout à protéger sa famille et inquiète pour elle, tout en utilisant un minimum de pathos, et sans hurlement de terreur à répétition, sujet oblige.

Quant à la forme, il faut saluer un travail intéressant sur la lumière, le film alternant les scènes de nuit et de jour, d’intérieur et d’extérieur, et surtout un cadrage parfait couplé à une réelle souplesse du mouvement de caméra. Que cela soit dans les scènes de poursuite ou dans celles d’attente, le sujet est toujours mis en valeur, visible, lisible, le tout étayé d’un découpage efficace.

Espérons que son prochain film continuera dans cette voie, ne laissant pas Sans un bruit n’être qu’un pas de côté.

L.S.

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La critique de madwill

Revenons à une époque où Disney ne contrôlait pas la planète, une époque où les héros purs et courageux luttaient contre l’affreux Ming de la planète Mango. Repartons à l’âge d’or du comics où des personnages tels que Dick Tracy ou bien encore Mandrake le magicien agissaient sur la planète terre pour notre salut. Je vous invite ce jeudi à un retour sur un film culte considéré à tort comme « déviant » par des adorateurs d’œuvres sans relief et folie. Je vais aujourd'hui vous entretenir avec mon enthousiasme habituel de Flash Gordon produit par Dino de Laurentiis et réalisé par Mike Hodges. Attention ! Flash Gordon nommé Guy l’éclair en français n’a strictement aucun rapport avec le super héros de DC appelé Flash qui court très vite. Nous ne sommes pas dans le comics de surhomme avec des pouvoirs dépassant l’imagination, mais dans un concentré de SF et d’aventures à l’ancienne.

Mais que raconte Flash Gordon ?

A peine a-t-il fait la connaissance de la ravissante Dale Arden, à bord d'un avion, que Flash Gordon lui sauve la vie en évitant de justesse un dramatique accident. Zarkov, un savant licencié par la NASA, leur explique que les conditions météorologiques épouvantables durant leur voyage ne sont pas dues au hasard. La planète est menacée par des forces extraterrestres qui cherchent à provoquer une éclipse totale du Soleil. Flash et Dale acceptent de monter dans la fusée qu'a construite Zarkov pour lutter contre ces envahisseurs. Mais, à peine propulsé dans l'espace, leur engin est attiré vers la planète Mongo, où règne l'implacable empereur Ming...

Flash Gordon est avant tout un comics signé Alex Raymond créé pour concurrencer une bande dessinée de science-fiction qui rencontrait alors un immense succès à l’époque : Buck Rogers. Alex Raymond est à l’image de son héros : un sportif de haut niveau en mode boyscout qui s’est engagé pendant la guerre pour protéger la mère patrie. Laurentiis acheta très tôt les droits de ce héros de l’âge d’or de la BD américaine né en 1934. Il ne semble tout d’abord pas croire à la viabilité du projet jusqu’à la visite d’un jeune réalisateur américain qui le sollicite pour récupérer les droits. Refus du nabab italien qui conduira l’individu nommé Georges Lucas à créer sa propre mythologie avec La guerre des étoiles. Laurentiis prend conscience du potentiel de Flash Gordon, qui est le récit fondateur du "space opera" (film de science-fiction épique) qui envahit les écrans à l’aube des années 80. Il va engager un budget très important de l'ordre de 25 millions de dollars. Le film au final coutera plus de 40 millions de dollars ! (l’Empire contre-attaque a coûté par comparaison 35 millions de dollars)

Il envisage tout d’abord Nicolas Roeg comme metteur en scène, le réalisateur fou et génial de Ne vous retournez pas et L’homme venu d’ailleurs. Mais au bout d’un an, Roeg est débarqué et remplacé par Mike Hodges, connu essentiellement pour son premier film, le formidable polar urbain La loi du milieu, avec Michael Caine. On sait aussi que Laurenttis aurait voulu que Fellini réalise le film. Choix assez logique quand on sait que le réalisateur italien avait envisagé de mettre en images Mandrake, une autre figure de l’âge d’or du comics. On retrouve ainsi quelques traces du réalisateur italien à travers un personnage de nain portant son nom et surtout la direction artistique flamboyante de Danilo Donati qui œuvra sur son Casanova ou son Satyricon.

Aux effets spéciaux, il engage l’expérimenté George Gibbs, qui œuvra sur le second Indiana Jones ou Roger Rabbit, et Glen Robinson, vénérable artisan qui commença sur le Magicien d’Oz. Enfin au casting, s’il choisit deux inconnus pour jouer nos deux héros, il les entoure d’acteurs solides, que ce soit Max von Sydow, Topol (un des acteurs israéliens les plus connus), Ornella Muti, Timothy Dalton ou enfin Brian Blessed (une figure du théâtre anglais).

Un budget monumental, des techniciens avertis, un acteur falot pour jouer Flash (qui ressemble beaucoup au personnage de la BD) entouré par des valeurs sûres du cinéma européen. Ce Flash Gordon a été considéré à sa sortie comme un concurrent sérieux à la trilogie de Star Wars. Le nabab italien va pourtant connaître une déconvenue terrible au regard du budget dépensé. Sans être un bide comme son trop sous-estimé Dune,  le film ne marche qu’en Italie et en Angleterre. Néanmoins, avec le temps, cette œuvre est devenue culte grâce à des films comme Ted qui le cite abondamment. De même, des artistes tels que le réalisateur Edward Wright ou le dessinateur Alex Ross le considèrent comme leur long-métrage préféré.

Ce qui est fascinant quand on regarde Flash Gordon c’est qu’au regard de son budget et de son équipe technique prestigieuse, le visuel alterne entre le sublime et des effets spéciaux dignes d’une série B totalement fauchée, avec ces hommes serpents en collant vert et au masque en carton-pâte. Certaines incrustations sur fond bleu mettant en scène les hommes oiseaux sont totalement ratées et bien en deçà du Star Wars de 1977. Pour autant, quand on revoit le film en Blu-ray aujourd’hui, on s’extasie aussi devant certains décors construits en dur où chaque centimètre carré est recouvert de dorure. Dans Flash Gordon, le beau se mêle au ridicule, les effets à la Méliès à des fonds bleus dernier cri. Quand on lit les anecdotes de tournage, on comprend vite que le tournage du film fut une entreprise semblable à la mythique tour de Babel. Flash Gordon a été tourné par des équipes italiennes et anglo-saxonnes qui ne communiquaient pas. Sur le plateau, les traducteurs sont dépassés, ils ne possèdent pas le langage technique requis. Un peu mégalomaniaque, Danilo Donati le directeur artistique dépense sans compter et construit parfois des décors sans se soucier que la caméra puisse y rentrer !

Pour autant, les décors majestueux aux couleurs dignes d’un Mario Bava et les costumes flamboyants sont vraiment la grande force du long-métrage. Si l’on peut regretter les problèmes de communication qui font que certains effets spéciaux sont ratés, la vision artisanale de l’équipe italienne, peu en adéquation avec la technologie moderne, donne au film un visuel unique. Flash, c’est un mélange de sublime et de laid, de magnificence et de grotesque, de héros en slip de cuir un peu gay et de sublimes robes sexy portées par Ornella Muti. C’est l’opposition entre un cinéma de techniciens venus du monde d'IBM et un cinéma inspiré des beaux-arts classiques et de l’orfèvrerie.

Pour écrire son scénario, Laurentiis a engagé Lorenzo Semple Jr., connu pour avoir scénarisé les 3 Jours du condor, le King Kong des années 70 et qui œuvra dans sa jeunesse sur la série Batman. Son Flash Gordon entretient à ce titre des points communs avec les aventures de l’homme aux oreilles de chauve-souris des années 60. Le film use également de dialogues à double sens assez rares dans les films tout publics. On se rappelle avec délice d’Ornella Muti en mode Vamp italienne où chacune de ses phrases invite à la luxure. À ce titre, la rumeur voudrait que Laurentiis, n’ait pas compris toutes les subtilités du scénario en anglais, ce qui donnerait ce ton assez unique au film. Néanmoins, par rapport au Batman des années 60, le film ne se vautre pas dans l’ironie, et malgré un sous-texte parfois comique, la naïveté et la sincérité de l’œuvre orignale sont conservées. Si Mike Hodge ne savait pas trop gérer les effets spéciaux du film, il a réussi avec ses acteurs à ne jamais franchir la frontière du ridicule.

À la différence d’un Star Wars qui s'inspire du religieux pour légitimer son monde à travers le mythe des Jedis, Flash Gordon revient à la simplicité des pulps des années 40, ne voulant pas être plus sophistiqué ou intellectualisant que son modèle en BD.

Enfin, il y a un argument imparable pour aimer ce film : sa musique signée Queen. Le groupe anglais multiplie les morceaux de rock de haute volée, dont la chanson éponyme Flash qui colle parfaitement à l’univers.  Queen qui maniait la grandiloquence avec génie, nous offre ici une bande originale digne d’un opéra rock où la batterie, la guitare et le clavier participent pleinement à l’action représentée à l’écran.

Flash Gordon c’est aussi film qui a réussi à rompre avec l’esthétique grise des Star Wars qui a phagocyté l’imagerie de la science-fiction depuis plus de 40 ans.

Au final, Flash Gordon est un long-métrage précieux où les artistes se sont lâchés pour le meilleur et parfois le pire. En 2018, les financiers n’engagent plus que des techniciens sans âme, des êtres obéissants qui reproduisent sans cesse le même produit. Flash Gordon est un film différent, loin d’être parfait, mais tellement singulier au regard de la production contemporaine qu’il mérite amplement une place dans votre panthéon cinématographique.

Mad WIll

PS : Le film est disponible en VOD chez TF1 VOD et CANAL VOD

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La critique de L. Schérer

Dans la montagne islandaise, une femme armée d’un arc sabote les lignes électriques du pays. Le résultat est immédiat, l’usine d’aluminium locale est contrainte d’arrêter sa production. Vivement recherchée par la police, celle qui se fait appeler « la Femme des Montagnes » trouve refuge chez un agriculteur du coin pour éviter les patrouilles. Mais qui est donc cette terroriste écolo ? C’est Halla, une quinquagénaire professeure de chant. Activiste de l’ombre, elle milite seule pour la protection de sa nature bien-aimée. Mais alors qu’elle est sur le point d’être attrapée, on lui annonce que sa demande d’adoption a été acceptée et qu’elle sera bientôt l’heureuse maman d’une petite Ukrainienne…

Dans ses pérégrinations, Halla est accompagnée par un orchestre en habits traditionnels qu’elle seule semble voir. Comme les fanfares dans les manifestations, ces musiciens fantômes encouragent Halla dans sa lutte, tout en rythmant le récit par leurs notes tonitruantes. Cette petite fantaisie est la marque du cinéaste décalé Benedikt Erlingsson qui avait déjà intrigué la critique en 2014 avec son premier long métrage Des chevaux et des hommes.  Avec Woman at war, il reste dans son Islande natale pour raconter l’histoire d’une femme qui cherche à se construire à travers son combat pour l’environnement. Halla fait sans cesse corps avec la nature, qu’elle se cache sous la peau d’un mouton mort ou qu’elle plonge son visage dans la mousse des roches pour le revigorer.  Dommage que son engagement s’achève avec celui de la découverte de la maternité, comme si avoir un enfant était l’accomplissement suprême dans la vie d’une femme, qui semblait pourtant déjà si vivante en arpentant les collines en quête de sabotages.

Ce léger faux-pas est vite oublié grâce au fantastique jeu de l’actrice Halldora Geirhardsdottir qui rend le personnage d’Halla si attachant. Le film n’oublie pas l’importance des seconds rôles : ainsi le paysan Sveinjbörn est un très beau personnage d’homme isolé et solidaire et le double d’Halla, sa sœur jumelle Asa, qui est à l’origine du très touchant « twist » de fin.

Woman at war est une œuvre militante dans son sujet et singulière dans son traitement, une œuvre qui fait réfléchir sans oublier de faire rire.

S.D.

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La critique de L. Schérer

Dans la vallée de l’Hudson, deux jeunes hommes sillonnent les routes à bord d’une voiture. The strange ones s’apparente à un road movie sans destination, si ce n’est une cabane au fond des bois où s’installent brièvement Sam, un adolescent de 14 ans, sous les commandes du robuste Nick qui paraît bien plus âgé. Qui sont ces deux jeunes hommes ? S’ils sont deux frères en vacances comme ils le prétendent, pourquoi frissonnent-ils à l’approche des voitures de police ? Le doute s’installe au fur et à mesure des rencontres faites en chemin. Grâce aux décors en perpétuel changement, les garçons s’inventent une nouvelle identité à chaque étape, baladant ainsi le spectateur entre le vrai et le faux, entre le passé et le présent. Seul un chat noir ayant appartenu à Sam lie les deux temporalités. Le film ne dévoile ses réponses que par bribes, par des images mystérieuses d’un homme gisant au sol, tandis que Sam se tient devant une maison en flammes. C’est par ce garçon d’apparence fragile et traumatisé, finalement recueilli dans un centre de redressement où il pourra enfin se reconstruire en racontant son histoire, que le récit est majoritairement mené.

The strange ones est un sombre thriller qui parvient à parler d’amour tout en abordant les thèmes difficiles de l’abandon et de la maltraitance. Le scénario séduit, l’image aussi, mais il manque sans doute une mise en scène plus affirmée (qui contrebalancerait la beauté naturelle de l’Hudson) et des personnages plus aboutis pour que le film, trop court, dépasse une pieuse citation des fuites en duo de La Balade Sauvage et Midnight Special.

Christopher Radcliff et Lauren Wolkstein maîtrisent l’art du trouble, le film se vit comme un cauchemar dans ce qu’il peut avoir de fantastique et anxiogène dont il vaut finalement peut-être mieux ne pas se réveiller, tant la réalité se révèle plus sordide encore.

S.D.

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La critique de L. Schérer

 

 

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